Joseph Attieh, vingt ans de chansons et un nouveau chapitre écrit au FIH 2026

Il n’aura fallu que quelques secondes à Joseph Attieh pour retrouver son territoire sur la scène du théâtre plein air de Hammamet ce Mercredi. Avant même que la musique ne commence véritablement, le public était déjà debout, applaudissant, reprenant les paroles et devançant parfois l’artiste lui-même. Dans une communion rare, chaque silence laissé par le chanteur était immédiatement rempli par les voix des spectateurs
Durant toute la soirée, le concert s’est ainsi construit autour d’un échange permanent : une voix sur scène et des milliers de voix dans les gradins. À Hammamet, Attieh n’a pas seulement interprété ses chansons ; il les a retrouvées dans la mémoire collective d’un public qui les connaît, les partage et les accompagne depuis des années

Invité dans le cadre de la 60e édition du Festival International de Hammamet (FIH), placée sous le signe « Endless Memories », l’artiste libanais a offert une prestation profondément liée à son parcours. Cette soirée a ressemblé à un voyage à travers deux décennies de carrière, depuis ses débuts fulgurants jusqu’à son évolution actuelle en tant qu’artiste confirmé de la scène arabe

Chanson fondatrice, une mémoire intacte
Lorsque les premières notes de « La Trouhi » résonnent dans le théâtre, l’émotion est immédiate. Ce titre, qui a marqué son parcours après sa victoire lors de la troisième saison de Star Academy Liban en 2005, revient sur scène avec une force particulière. Près de vingt ans après sa sortie, la chanson semble avoir grandi avec son interprète
Reprise par un public qui la connaît presque par cœur, elle devient bien plus qu’un souvenir des débuts : elle devient le symbole d’une trajectoire artistique construite dans la durée. Attieh retrouve alors l’image du jeune artiste révélé par un programme télévisé populaire, tout en montrant le chemin parcouru depuis cette période
Cette ouverture donne immédiatement une dimension particulière au spectacle : il ne s’agit pas d’une simple célébration nostalgique, mais d’une rencontre entre le passé et le présent

Répertoire qui raconte une évolution
La soirée se poursuit avec les morceaux qui ont façonné l’identité musicale de Attieh. « Baghdada », « Habbit Ayounek », « Maghroum », « Bousstek », « Ya Kel El Denyi » ou encore « Amar Asal » s’enchaînent devant un public qui accompagne chaque refrain

Mais l’artiste ne cherche pas uniquement à revisiter ses propres succès. Il choisit également de rendre hommage aux chansons qui ont nourri sa sensibilité musicale. Avec « Mawhoum », « Wailak » et « Jamalak », il explore différentes facettes de son parcours d’interprète avant de revenir vers des œuvres qui appartiennent à la mémoire collective arabe
La présence de chansons de la grande icône libanaise Fairuz, notamment « Nassam Alayna El Hawa » et « Kan Ena Tahoun », inscrit son concert dans une continuité culturelle. Attieh rappelle ainsi que son identité artistique ne s’est pas construite uniquement autour de ses propres créations, mais aussi à travers un héritage musical riche dont il est aujourd’hui l’un des passeurs

Déclaration musicale entre le Liban et la Tunisie
L’un des moments les plus symboliques de la soirée arrive lorsque Attieh se tourne vers son public tunisien avec « Jari Ya Hammouda », célèbre chanson du patrimoine tunisien signée Ahmed Hamza
Avant de l’interpréter, il introduit ce moment par un mawwal reliant le Liban et la Tunisie. Il raconte avoir découvert, dès son arrivée dans le pays, que cette chanson était connue et aimée par tous les Tunisiens. Le choix de ce titre dépasse alors le simple hommage : il devient un geste de proximité, une manière de créer un lien direct avec le public de Hammamet
À travers cette interprétation, la scène devient un espace de rencontre entre deux cultures musicales qui partagent une même sensibilité : celle de la mélodie, de l’émotion et du récit humain

Maturité d’un artiste qui a grandi avec son public
Ce qui distingue particulièrement cette prestation est la sérénité avec laquelle Attieh occupe désormais la scène. Vingt ans séparent cette soirée de Hammamet de « La Trouhi », et cette période a profondément transformé son approche artistique
Au-delà de la nostalgie et de la puissance émotionnelle de son répertoire, cette soirée a également confirmé l’une des grandes forces de Attieh : une voix magnifique, à la fois claire, chaleureuse et profondément expressive. Un timbre capable de transmettre la fragilité des ballades romantiques comme l’énergie des morceaux plus rythmés. Au fil des années, cette voix a gagné en profondeur et en maîtrise, permettant à l’artiste d’interpréter ses chansons avec une sincérité nouvelle. À Hammamet, Attieh a démontré que son talent ne repose pas uniquement sur les souvenirs associés à ses premiers succès, mais aussi sur une véritable qualité vocale qui continue de s’affirmer
Le chanteur libanais apparaît plus posé, plus sûr de lui dans la conduite du spectacle. Il laisse les chansons respirer, accorde davantage de place aux arrangements musicaux et entretient une relation naturelle avec son audience. Il ne cherche plus seulement à séduire ; il partage une expérience construite par les années
Cette maturité est également le résultat d’un parcours choisi avec patience. Attieh n’a pas cherché à suivre les recettes rapides du succès. Il a progressivement développé son identité vocale, travaillé ses interprétations et affirmé ses choix artistiques. En prenant également en charge la production de certains de ses projets, il a cherché à préserver une forme d’indépendance et de cohérence dans son univers musical

Soirée à l’image du slogan Endless Memories
La magie de cette soirée tient aussi à son contexte. Sur une scène qui célèbre soixante années d’histoire artistique, Attieh semble mesurer pleinement la valeur du moment. Le théâtre, les lumières, le son, l’orchestre et surtout ce public qui chante du début à la fin contribuent à transformer le concert en une expérience particulière
Il ne s’agit plus simplement d’une date dans un calendrier de spectacles, mais d’une nouvelle étape dans une carrière déjà riche. Hammamet offre à l’artiste un cadre où ses souvenirs rencontrent ceux de son public
Après plus de deux heures de prestation, Attieh quitte la scène sur quelques extraits de « El Oula Wel Akhira ». Mais lorsque les lumières s’éteignent, les voix continuent de résonner dans les gradins. Les spectateurs prolongent encore quelques refrains, comme pour retenir l’instant
Cette nuit-là, au FIH, vingt années de chansons ont semblé ne former qu’une seule et même mélodie. Une histoire continue, portée par un artiste qui a grandi avec son public et par un public qui continue de faire vivre ses chansons
Malek Chouchi




