Fête de la République : Chokri Bouzayen célèbre la chanson tunisienne sur la scène de Hammamet

Dans le cadre de la 60ᵉ édition du Festival International de Hammamet (FIH), Chokri Bouzayen a choisi de consacrer son spectacle à la chanson tunisienne, faisant de ce patrimoine musical le fil conducteur d’une soirée placée sous le signe de la mémoire, de la transmission et de l’identité culturelle

L’artiste a ouvert son concert avec « Tounsi we Rafaa Rassi » (« Tunisien et fier de l’être »), une chanson aux fortes résonances symboliques qui traduit son profond attachement à l’identité nationale

Dans ce spectacle, le public a retrouvé des chansons qui ont marqué plusieurs générations, aux côtés d’autres œuvres moins connues, réunies dans un même programme. Le Théâtre de Hammamet accueillait ainsi l’un des artistes qui, en tant que chanteur et compositeur, a largement contribué à l’essor de la chanson tunisienne depuis les années 1970

Le public n’a pas attendu longtemps avant d’entendre « Salli Ala Sidi Ennebi », l’une des chansons les plus emblématiques du répertoire de Bouzayen, restée pendant des décennies solidement ancrée dans la mémoire collective. Interprétée dans sa version originale, celle que les spectateurs connaissent et reprennent spontanément, elle a précédé d’autres titres incontournables comme « Thamma Bit », « Taj Rassi Baba » et « Masabni Asfour ». Fidèle à sa démarche artistique, Bouzayen ne s’est pas limité à ses plus grands succès : il a également remis en lumière des œuvres devenues plus rares sur scène ces dernières années, offrant ainsi une lecture plus complète de son parcours musical


Dans cette volonté de transmission, l’artiste a invité le chanteur Firas Kolsi à interpréter « Fi Khatri » et « Ya Wilek Menni », avant de partager la scène avec Emna Dammak, qui a prêté sa voix à « La T’hayerni » et « Limta Nosber ». La participation des deux jeunes artistes ne constituait pas une simple parenthèse au sein du concert, mais prolongeait une idée que Bouzayen n’a cessé de défendre tout au long de la soirée : la chanson tunisienne ne pourra perdurer que si les nouvelles générations s’en emparent et lui insufflent une nouvelle vie

Le programme a ensuite poursuivi son voyage à travers différentes facettes du patrimoine musical tunisien avec « Yji Lebalek », « Aïni Aal Lila », « Chkoun Kifek », avant que l’artiste ne livre deux de ses œuvres les plus émouvantes, « Mahlek Ya Omi » et « Malla Lila Malla », suivies de « Galou Klem ». Cette diversité a permis de mettre en valeur les multiples expressions de la chanson tunisienne, passant du répertoire sentimental aux chansons à caractère social, tout en alternant les textes écrits par Bouzayen lui-même avec ceux de plusieurs poètes tunisiens

À l’issue du concert, un moment particulièrement émouvant a marqué la soirée lorsque Maher Hammami, président du Syndicat des musiciens et des métiers artistiques connexes, est monté sur scène pour rendre hommage à Bouzayen. Il a indiqué que cette distinction était décernée au nom des musiciens et des artistes tunisiens en hommage à un artiste qui
a énormément apporté à la chanson tunisienne et qui a encore beaucoup à lui offrir
Lors de la conférence de presse qui a suivi le spectacle, Bouzayen s’est réjoui de la forte affluence enregistrée, estimant que la présence du public constitue le plus grand soutien qu’un artiste puisse recevoir. Il a souligné que
cette soirée a confirmé que la chanson tunisienne est toujours capable de toucher le public, même lorsqu’il s’agit d’œuvres peu connues
Selon lui, les réactions enthousiastes des spectateurs tout au long du concert démontrent que le public reste disposé à découvrir ce patrimoine musical dès lors qu’il lui est offert dans de bonnes conditions
Évoquant ses débuts, Bouzayen est revenu avec émotion sur son histoire avec le FIH. Il a rappelé que cette scène avait constitué le point de départ de sa carrière lorsqu’il s’y était produit pour la première fois en 1978, à l’âge de seize ans, parallèlement à ses premières apparitions au Festival International de Carthage. Dès cette époque, il avait fait le choix de consacrer son parcours à la chanson tunisienne, en s’inspirant des grandes figures fondatrices du genre, notamment Ahmed El Wafi, Khemaïs Tarnane, Hédi Jouini et Mohamed Triki
L’artiste s’est également arrêté sur la participation de Kolsi et Dammak, expliquant qu’il leur avait confié les chansons plusieurs semaines avant le concert afin qu’ils puissent les apprendre, les travailler et les interpréter avec la maîtrise nécessaire. L’objectif, a-t-il précisé, était d’offrir à une nouvelle génération l’occasion de découvrir ce riche patrimoine musical et de le porter à son tour sur scène
Interrogé enfin sur une éventuelle réorchestration de certaines de ses œuvres, Bouzayen a indiqué que sa priorité demeure aujourd’hui l’enregistrement de nombreuses chansons encore inédites, conservées dans ses archives depuis plusieurs années. Il a rappelé que les coûts de production sont devenus particulièrement élevés et estime que les chansons qui ont déjà connu le succès continuent d’atteindre leur public dans leurs versions originales. Pour cette raison, il préfère consacrer ses efforts à faire découvrir de nouvelles œuvres avant d’envisager une réinterprétation ou une nouvelle orchestration de son répertoire historique
Malek Chouchi




