Tierra Bendita : l’âme de l’Andalousie a illuminé la scène de Carthage

Pour sa dixième soirée, la 60ᵉ édition du Festival international de Carthage (FIC) a offert une parenthèse andalouse d’une rare intensité. En consacrant une soirée au flamenco, le festival a une nouvelle fois confirmé son ouverture aux grandes expressions artistiques du monde et sa vocation à faire dialoguer les cultures sur la scène millénaire de l’amphithéâtre romain
Organisée en partenariat avec l’Ambassade du Royaume d’Espagne en Tunisie, la soirée s’est déroulée en présence de Son Excellence Isidro González Afonso, ambassadeur du Royaume d’Espagne en Tunisie, ainsi que de plusieurs ambassadeurs et représentants diplomatiques
Sous la direction de la chorégraphe Patricia Guerrero, le Ballet Flamenco de Andalucía a présenté « Tierra Bendita » (« Terre bénie »), une création qui célèbre l’Andalousie dans toute sa richesse culturelle et humaine. Véritable déclaration d’amour à cette région du sud de l’Espagne, le spectacle explore les racines profondes du flamenco, patrimoine vivant façonné par les siècles, les rencontres et le métissage des peuples


À travers une succession de tableaux chorégraphiques, musicaux et vocaux, Tierra Bendita entraîne le spectateur dans un voyage au cœur des paysages andalous. Chaque séquence évoque une région, une tradition ou un mode de vie : les chants des campagnes, les rythmes des ports de pêche, les fêtes populaires ou encore les mémoires collectives qui nourrissent l’identité de cette terre. Le flamenco y apparaît comme un langage universel, profondément enraciné dans son territoire d’origine tout en dépassant les frontières

La force du spectacle réside dans l’équilibre subtil entre fidélité à la tradition et écriture chorégraphique contemporaine. Patricia Guerrero propose une vision artistique où danse, chant et musique s’entrelacent avec élégance, donnant naissance à une scénographie sobre mais d’une grande puissance évocatrice. Chaque mouvement, chaque silence et chaque note contribuent à une immersion sensorielle dans l’univers andalou
L’esthétique visuelle a largement participé à cette expérience. Les costumes des danseuses et des danseurs, inspirés de l’imaginaire flamenco, ont déployé sur scène une palette de couleurs emblématiques : rouge, noir, blanc, jaune, qui, associées à l’ampleur des robes et à la précision des gestes, ont accentué la dimension dramatique des chorégraphies
L’un des moments les plus saisissants de la représentation demeure sans doute le zapateado, ces frappes de pieds caractéristiques du flamenco qui transforment le corps en véritable instrument de percussion. Entre virtuosité technique, rapidité d’exécution et parfaite synchronisation, les danseuses et les danseurs ont instauré un dialogue permanent avec les guitares, les chants et les percussions, offrant des séquences d’une remarquable intensité rythmique et émotionnelle
La création musicale, signée Jesús Rodríguez et José Luis Medina, enrichie par les compositions d’Amparo Lagares, de David « Chupete » et de Manuel de Ginés, accompagne avec finesse cette fresque andalouse. Les chorégraphies complémentaires d’Eduardo Leal ainsi que le poème Fiesta en la Gloria de Manuel Benítez Carrasco apportent une dimension poétique supplémentaire à cette célébration de l’Andalousie


Sur scène, les danseuses et danseurs: Adriana Gómez, Alberto López, Alejandro Fernández, Alicia Gavilán, Álvaro Aguilera, Ángel Fariña, Araceli Muñoz, Arturo Fajardo, Claudia « La Debla », Hugo Aguilar, María Carrasco, Natalia Alcalá et Sofía Suárez ont impressionné par leur maîtrise technique, leur énergie communicative et leur remarquable expressivité



Ils étaient accompagnés des chanteurs Amparo Lagares et Manuel de Ginés, dont les voix profondes et vibrantes ont donné toute sa dimension émotionnelle au spectacle. Aux guitares, Jesús Rodríguez et José Luis Medina ont livré une interprétation d’une grande sensibilité, tandis que les percussions de « Chupete » ont porté avec puissance les différentes séquences chorégraphiques


Au-delà de la performance artistique, Tierra Bendita s’est imposé comme une véritable immersion dans l’âme de l’Andalousie. Entre mémoire, identité et création, le Ballet Flamenco de Andalucía a offert au public de Carthage un hommage vibrant à l’un des patrimoines culturels les plus emblématiques et les plus vivants au monde


Par cette soirée exceptionnelle, le FIC 2026 confirme une fois encore son rôle de carrefour des cultures, faisant de son amphithéâtre un espace privilégié de rencontre, de dialogue et de célébration de la diversité artistique internationale
Malek Chouchi




