Nostaljica de Mehdi Mouelhi au FIH 2026 : quand la nostalgie devient une langue universelle

Au Festival International de Hammamet (FIH), la mémoire musicale a repris vie. Mardi 14 juillet 2026, dans le cadre de la 60e édition du rendez-vous culturel emblématique, Mehdi Mouelhi a présenté Nostaljica, un spectacle qui dépasse le simple hommage aux chansons du passé pour proposer une véritable réflexion sur la mémoire, l’identité et la transmission
Il existe des chansons qui ne vieillissent pas. Elles changent simplement de génération, de voix et parfois même de sens. Elles accompagnent les trajectoires individuelles, traversent les frontières et deviennent les fragments sonores d’une histoire collective. C’est dans cet espace intime entre souvenir et création que s’inscrit Nostaljica, le projet imaginé par l’artiste et producteur tunisien Mouelhi

Avec un décor enchanteur et une mise en scène captivante, Nostaljica, présenté sur la scène du FIH, ne s’est pas contenté de revisiter des classiques connus de tous : il a transformé la nostalgie en une expérience musicale et visuelle hors du temps. Il a choisi de dialoguer avec eux. Entre fidélité à l’émotion originelle et volonté de renouvellement artistique, Nostaljica s’est construit comme une traversée musicale où chaque mélodie semble porter une mémoire enfouie, un visage, une époque ou une histoire personnelle

Nostalgie comme matière artistique
La nostalgie est souvent associée au regard tourné vers le passé. Pourtant, dans Nostaljica, elle n’apparaît pas comme une simple mélancolie, mais comme une force créatrice. Mouelhi transforme le souvenir en matière vivante, capable de se réinventer au contact des influences contemporaines
Le spectacle repose sur une idée forte : les grandes chansons appartiennent rarement à une seule époque. Elles circulent, se transmettent et se réapproprient. Une chanson tunisienne peut dialoguer avec une mélodie arabe classique, tandis qu’un standard international peut trouver un nouvel écho dans une interprétation imprégnée de sensibilité orientale
Cette approche révèle une conviction artistique : le patrimoine musical n’est pas un musée figé, mais un espace de rencontre permanent
Artistes réunis autour d’une même vision
Autour de Mouelhi, plusieurs voix ont porté cette aventure musicale : Rana Zarrouk, Haytham Hlal, Mehdi Allani, Lasaad Sendy, Ameni Harabi et Ayham Rahali
Chacun a apporté sa personnalité et sa sensibilité à un répertoire exigeant, où l’interprétation doit trouver l’équilibre entre respect de l’œuvre originale et affirmation d’une nouvelle identité artistique
La présence de ces artistes a donné au spectacle une dimension collective. Nostaljica n’est pas seulement le projet d’un créateur, mais une rencontre humaine et musicale autour d’un patrimoine partagé
Cartographie sonore entre Orient et Occident
Sur scène, Nostaljica a proposé un voyage à travers plusieurs univers musicaux. Les sonorités orientales se sont mêlées aux influences occidentales, aux rythmes latino-américains et aux arrangements modernes, créant un paysage sonore riche et pluriel
La magie du spectacle a également reposé sur une mise en scène soignée, portée par des danseurs et danseuses dont les performances ont ajouté une dimension visuelle et émotionnelle au voyage musical, en harmonie avec ces sonorités


Le public a retrouvé des titres profondément inscrits dans la mémoire collective comme « Fouk Ennakhil », « Ya Msafer Wahdek », « Alf Leila Wa Leila » ou encore « Daret El Ayam »… Des œuvres qui portent l’héritage de grandes voix et de grandes périodes de la chanson arabe



Mais le spectacle a également franchi les frontières avec des morceaux issus du répertoire international, parmi lesquels « Vous les femmes », « Hasta Siempre (Che Guevara) », « Italiano », ainsi que « Je n’ai pas changé », affirmant une volonté de célébrer une mémoire musicale sans frontières géographiques
La soirée s’est ouverte sur cette dimension universelle avec Lassaad Sendi, qui a interprété plusieurs grands classiques internationaux. Haythem Hlal a ensuite offert des moments forts avec des titres du patrimoine tunisien tels que « Fouk Ennakhil », « Mariem Mariemti » et « Ya Ret ». De son côté, Mehdi Allani a enrichi le spectacle de couleurs latino-américaines et internationales avec « La Murga de Panamá » et « Mariaca », apportant une touche rythmique différente à cette traversée musicale
Ce mélange n’est pas un simple exercice de style. Il traduit une réalité culturelle : les générations ont grandi avec des influences multiples, et leurs souvenirs musicaux sont souvent faits de croisements entre plusieurs langues, plusieurs rythmes et plusieurs traditions

Retour de Mehdi Mouelhi : une nouvelle étape artistique
L’émotion de cette soirée était également liée au retour de Mouelhi sur scène après huit années d’absence. L’artiste a présenté cette participation au FIH comme un moment important de son parcours, une nouvelle étape après une période consacrée à d’autres aspects de son activité artistique
Lancé en 2020, Nostaljica représente une continuité dans sa démarche : explorer les liens entre les époques, faire dialoguer différentes identités musicales et interroger la manière dont les chansons deviennent des repères dans la mémoire collective
Ce retour n’a donc rien d’un simple retour nostalgique. Il ressemble davantage à une renaissance artistique, portée par l’envie de partager une vision musicale construite autour de la transmission

Rana Zarrouk : retrouver une scène chargée d’émotion
Pour Zarrouk, cette soirée avait également une résonance particulière. Déjà présente à plusieurs reprises au FIH, la chanteuse a retrouvé cette scène pour la troisième fois avec un projet qui représente une première dans son parcours : participer à une création entièrement pensée autour d’une vision artistique globale

Elle a également occupé une place centrale dans le spectacle, en proposant un voyage à travers plusieurs écoles et époques de la chanson arabe. Son répertoire a traversé des œuvres majeures, de « Ya Msafer Wahdek » de Mohamed Abdel Wahab à « Al Gany Ba3d Youmeen » de Samira Saïd, en passant par les chefs-d’œuvre d’Oum Kalthoum « Alf Leila Wa Leila » et « Daret El Ayam », avant de conclure son passage avec « Waddaouni Ya Lbanat », l’emblématique chanson tunisienne de Saliha

La chanteuse a salué l’atmosphère particulière du festival et la relation unique qui unit cette scène à son public, une relation fondée sur l’écoute, l’émotion et la fidélité.

Mehdi Mouelhi et Rana Zarrouk racontent Nostaljica
Lors de la conférence de presse qui a suivi le spectacle, Mouelhi est revenu sur la genèse de Nostaljica, un projet qui repose sur la réinterprétation de chansons connues à travers une approche particulière des arrangements musicaux. L’artiste a souligné que cette création se distingue des projets qui retracent généralement la carrière d’un interprète ou qui mettent en avant uniquement son propre répertoire. Nostaljica propose ainsi une démarche différente, fondée sur une nouvelle lecture artistique des œuvres et sur un dialogue entre les époques et les cultures musicales
Revenant sur son retour à la scène après près de huit années d’absence, Mouelhi a exprimé sa joie de retrouver le public, considérant sa participation au FIH comme le début d’une nouvelle étape dans son parcours artistique
De son côté, Zarrouk a évoqué l’importance de cette expérience, qu’elle considère comme une aventure artistique différente de ses précédentes participations au festival. Elle a rappelé que ses apparitions antérieures sur la scène de Hammamet s’inscrivaient dans le cadre de spectacles hommage, alors que Nostaljica représente sa première participation à un projet musical complet, construit autour d’un concept, d’une vision artistique et d’une direction musicale précises
La chanteuse a également salué la singularité de la scène du FIH et la relation particulière qu’elle entretient avec son public, soulignant que cette atmosphère offre à chaque artiste une expérience renouvelée, empreinte d’émotion et de partage

Mémoire qui continue de chanter
Avec Nostaljica, Mehdi Mouelhi propose finalement plus qu’un spectacle de reprises. Il pose une question essentielle : pourquoi certaines chansons restent-elles vivantes alors que les années passent

La réponse se trouve peut-être dans leur capacité à accompagner les vies humaines. Une mélodie ancienne peut devenir le souvenir d’une enfance, l’écho d’un amour, la trace d’une époque ou le symbole d’une appartenance culturelle

À Hammamet, la nostalgie n’a pas regardé uniquement vers le passé. Elle a prouvé qu’elle pouvait être une énergie du présent et une promesse pour l’avenir car les chansons qui ont marqué les générations ne disparaissent jamais vraiment : elles attendent simplement une nouvelle voix pour recommencer leur voyage
Malek Chouchi




