FIVS 2026 : à Sousse, l’image devient un levier de conscience entre création humaine et intelligence artificielle

Sous les lumières de la place des Villes jumelées, sur la corniche Boujaafar, le rideau est tombé Dimanche soir, le 30 Août 2026, sur la sixième édition du Festival international des vidéos de sensibilisation (FIVS). Une clôture à la hauteur d’une édition placée sous le signe de la créativité, de l’engagement et des mutations technologiques, où la vidéo n’a plus seulement vocation à transmettre un message, mais à provoquer une réflexion, susciter une émotion et, surtout, contribuer à fabriquer une nouvelle conscience collective
Pendant plusieurs jours, projections, échanges, formations et compétitions ont réuni créateurs, artistes, professionnels de l’image, membres du jury et invités venus d’horizons différents. Le rendez-vous s’est achevé par une cérémonie de remise des prix qui a consacré des œuvres distinguées autant pour leur qualité artistique que pour la pertinence de leur message
Clôture festive pour une édition tournée vers l’avenir

La soirée finale a débuté dans une atmosphère festive, avec une animation musicale assurée par un DJ avant la présentation de la chanson officielle du festival. Le maître de cérémonie, Anis Mabrouki, a ensuite pris les commandes de la soirée, accueillant le public, les participants et les invités avant d’annoncer officiellement l’ouverture de la cérémonie de clôture

Dans son intervention, le fondateur du festival, Walid Ben Hassan, est revenu sur le parcours accompli depuis la création de l’événement et sur la nécessité de continuer à investir dans l’image comme outil de communication accessible, capable de toucher différentes catégories de la société

Le directeur du festival, Aymen Dardouri, a pour sa part insisté sur l’évolution de cette sixième édition, marquée par une participation accrue, une programmation élargie et une ouverture assumée aux nouvelles technologies, notamment à l’intelligence artificielle (IA)
Pour lui, le FIVS ne doit pas être réduit à une simple compétition. Le festival entend également devenir un espace de formation, d’expérimentation et d’échange, susceptible d’accompagner les jeunes créateurs dans l’apprentissage de nouveaux langages audiovisuels et dans la production de contenus porteurs de sens
Jury face à la diversité des écritures

Présidé par le comédien Salah Eddine Msaddak, le jury a eu la lourde responsabilité de départager des œuvres aux univers, aux formats et aux approches très différents

Le jury réunissait également le comédien Salah Jeddi, la comédienne Sara Allam, le réalisateur Nasreddine Raqam et le comédien Ramadan Mezdaoui
Dans son intervention, Msaddak a souligné la diversité des productions soumises à l’évaluation et l’importance d’une sélection reposant sur des critères à la fois artistiques et thématiques. Une exigence d’autant plus importante que la vidéo de sensibilisation se trouve aujourd’hui au croisement de plusieurs disciplines : cinéma, communication, création numérique et engagement citoyen
Talents de la création humaine à l’honneur
Au-delà des grands prix, le festival a choisi de consacrer plusieurs distinctions à des créateurs ayant particulièrement marqué la compétition par leur maîtrise de l’écriture, de l’image, de la musique, du montage ou de l’interprétation


Dans la compétition consacrée à la vidéo de sensibilisation par la créativité humaine, le prix du meilleur scénario a été attribué à Marwan Kharroubi pour Nabd (« Pulsation »). Sa vidéo a également participé à plusieurs manifestations et a été diffusé dans plusieurs pays du monde arabe

Le prix de la meilleure idée est revenu à Ahmed Ben Aziz pour Undercover (« Sous couverture »)


Le Marocain Abdelmounaim Qassouh a remporté le prix de la meilleure musique pour son travail sur Kika, tandis que le prix de la meilleure image a distingué l’Iranien Habib Bawi Sajed pour The Girls/ Al-Banat (« Les filles »)



Le prix du meilleur montage a été attribué à Mohamed Nasreddine Rommani pour When Hope Falls (« Quand l’espoir disparaît »). Côté interprétation, Souheila Faleh a reçu le prix de la meilleure actrice pour Khouyout Al-Amal (« Les fils de l’espoir »), tandis que Badr Eddine Hamdaoui a été distingué comme meilleur acteur

Le prix d’encouragement à la création est allé à Safaa Abdelghany pour Trend (« Tendance »)
Ces distinctions ont donné une place particulière au travail artistique qui se cache derrière quelques minutes d’image : écrire une idée, construire un récit, choisir un cadre, travailler le son, monter les séquences et donner vie à un personnage deviennent autant de moyens de renforcer la portée d’un message de sensibilisation
Quand l’intelligence artificielle entre dans le champ créatif
L’une des particularités de cette sixième édition réside cependant dans la place accordée à l’IA
Le FIVS a consacré une compétition spécifique aux vidéos de sensibilisation réalisées à l’aide d’outils d’IA. Un choix qui témoigne de la volonté du festival d’accompagner les transformations rapides du secteur audiovisuel plutôt que de les subir


Plusieurs distinctions ont ainsi récompensé les expériences les plus remarquables. Hussein Amhino Mehr a reçu le prix d’encouragement à la création pour W Yabka Al-Amal (« Et l’espoir demeure »), tandis que Youssef Draoui a obtenu le prix de la meilleure réalisation pour Ajnihat Azmil (« Les ailes du ciseau»)

Le prix de la meilleure musique a distingué Yacine Boudhane pour Al Djazaïr… Hikayat watan wa kifah chaab (« L’Algérie… histoire d’une patrie et combat d’un peuple »)


Le prix de la meilleure idée est revenu à Ahmed Suleiman pour Al-Naskh (« La copie »), tandis qu’Anouar Haidouri a remporté le prix du meilleur scénario pour une œuvre consacrée à l’exploration des potentialités de l’IA
Cette compétition constitue l’un des signaux forts de l’édition 2026 : l’IA n’est plus présentée uniquement comme un outil technologique, mais comme un nouvel espace d’expérimentation artistique
Public, autre arbitre de la compétition
Autre moment attendu de la soirée : l’annonce des prix du public
Cette distinction possède une valeur particulière puisqu’elle échappe, au moins en partie, aux critères techniques du jury pour mesurer directement la capacité d’une œuvre à toucher les spectateurs
Dans la compétition de la créativité humaine, les prix du public ont récompensé Mouaouia Bousetta pour Alech (« Pourquoi ? »), Aymen Hosni pour Força Tania (« Une deuxième chance ») et Jawad Dabbabi pour Al-Mirath (« L’héritage »)
Dans la compétition consacrée à l’IA, le public a distingué Badr Eddine Khadhra pour Ech Dakhkhleni (« En quoi ça me concerne ? »), Hassan Fattnassi pour Kima Rasemnaha Sghar (« Comme nous l’avions dessinée enfants ») et Basma Harbaoui pour Rihet Al-Ghiyab (« Le parfum de l’absence »)
Ces résultats rappellent une réalité essentielle : une vidéo de sensibilisation ne peut véritablement remplir sa mission que lorsqu’elle réussit à franchir l’écran pour atteindre celui ou celle qui la regarde
Trois grands prix de l’intelligence artificielle
La tension est montée d’un cran avec l’annonce des trois principales récompenses de la compétition dédiée à l’IA


Le troisième prix a été attribué à Youssef Ahmed pour Housn Al-Khitam (« La bonne fin »). Le deuxième prix a récompensé Mohamed Taher Qarairia pour Al-Ather (« La trace que nous laissons »)

La première place est revenue à Hassan Ghazel, couronnant une œuvre qui illustre la capacité des nouveaux outils numériques à se mettre au service d’une narration porteuse de sens
Au-delà du classement, ces récompenses consacrent surtout une évolution : les technologies génératives peuvent désormais participer à la conception de récits, d’images et d’univers visuels susceptibles d’être utilisés dans des campagnes et des contenus de sensibilisation
Nos Maldives décroche le Grand Prix de la création humaine
Le moment le plus attendu de la soirée fut sans doute l’annonce des trois lauréats de la compétition de vidéo de sensibilisation par la créativité humaine



Le troisième prix a été remporté par Meriem Mohamed Ahmed pour Dawriya Talta (« Une troisième patrouille »). Le deuxième prix est revenu à Sofiane El Hani pour Qanoun Ezzwawla (« La loi des démunis »). Puis, le premier prix a été attribué à Asma Ammar pour le film Maldivna (« Nos Maldives »)
Une consécration qui est venue couronner le parcours d’une œuvre ayant retenu l’attention du jury par sa capacité à conjuguer créativité, traitement artistique et force du message
Hommages pour saluer ceux qui font vivre le festival
La cérémonie n’a pas été consacrée uniquement à la compétition. Une importante séquence de reconnaissance a également permis de rendre hommage à plusieurs personnalités et acteurs ayant contribué à enrichir la scène artistique et culturelle ou à accompagner le développement du festival



Parmi les personnalités honorées figuraient notamment les comédiennes et comédiens Aziza Bolbiar, Saber Oueslati et Msaddak, les créateurs de contenu Alaa Khenissi et Sofiane Amroussia, ainsi que Imed Zarai
Le festival a également rendu hommage à son fondateur Ben Hassan et à son directeur Dardouri, saluant leur engagement dans la continuité de cette manifestation
De la vidéo de sensibilisation à la fabrication d’une conscience
Au terme de cette sixième édition, un constat s’impose : le FIVS cherche désormais à dépasser la conception traditionnelle de la vidéo de sensibilisation
Il ne s’agit plus seulement de transmettre une information ou de délivrer un message pédagogique. La démarche consiste à raconter, émouvoir, interpeller et provoquer une prise de conscience par la puissance de l’image
Les œuvres présentées ont abordé des problématiques sociales, humaines, environnementales et citoyennes à travers des écritures visuelles diverses. Elles témoignent également de la transformation profonde du secteur de la création audiovisuelle, où les outils numériques et l’IA bouleversent progressivement les méthodes de production
Le thème de cette sixième édition « De l’image de sensibilisation à la fabrication de la conscience… de la créativité humaine aux horizons de l’IA» résume précisément cette ambition car l’enjeu n’est finalement pas de choisir entre l’humain et la technologie. Il est de savoir comment les faire dialoguer
À Sousse, le FIVS a ainsi envoyé un message qui dépasse le simple cadre d’un festival : l’avenir de la vidéo de sensibilisation se jouera dans la rencontre entre la créativité humaine, les nouvelles technologies et la responsabilité sociale
Cette sixième édition s’est achevée dans une atmosphère de célébration et de reconnaissance. Cependant, derrière les trophées et les applaudissements, elle laisse surtout une conviction qui consiste à produire des images capables de laisser une trace
De l’image à la conscience : le FIVS entend désormais faire de la vidéo non seulement un outil de sensibilisation, mais un véritable instrument de transformation sociale
Malek Chouchi




