ثقافة

FIH 2026: Faraj Suleiman, un hymne à la vie et à la mémoire

C’est dans le cadre de la 60ᵉ édition du Festival international de Hammamet (FIH), organisée du 11 Juillet au 13 Août 2026, que Faraj Suleiman retrouve le public tunisien

Quatre ans après son passage remarqué au Festival international de Carthage, l’artiste revient avec une émotion palpable. À peine arrivé sur scène, il salue les spectateurs et exprime sa joie de revenir en Tunisie

Nous avons hâte de vous rencontrer ce soir

Hammamet est le point de départ essentiel de notre nouvelle tournée

Une déclaration qui confère à cette soirée une dimension particulière, celle d’un nouveau chapitre artistique

Au centre de la scène, un piano. Autour, quelques instruments encore silencieux. Rien d’autre ne vient troubler la sobriété du décor. Cette simplicité, presque ascétique, annonce déjà l’univers de Suleiman. Quelques instants de silence précèdent son arrivée. Le pianiste palestinien entre avec discrétion, s’installe devant son instrument, bientôt rejoint par sept musiciens : violonistes, trompettistes, guitariste électrique, bassiste et batteur. Dès que ses doigts effleurent les touches du piano, le voyage commence. Les gradins du Théâtre de plein air de Hammamet, combles pour l’occasion, se laissent immédiatement emporter

Très vite, une évidence s’impose : le piano sera le véritable narrateur du concert. Les autres instruments ne cherchent jamais à lui voler la vedette ; ils dialoguent avec lui, l’accompagnent, lui répondent. Tantôt le violon prolonge une phrase musicale, tantôt les cuivres ouvrent de nouveaux horizons sonores avant que l’ensemble ne se rejoigne dans une même respiration. Cette écriture collective, d’une grande finesse, captive un public d’une attention remarquable, au point que les applaudissements sont souvent retenus jusqu’à la fin des morceaux, comme pour préserver le fil fragile de cette narration musicale

Le programme alterne compositions instrumentales et chansons. Suleiman interprète plusieurs œuvres de son dernier album, Maryam, qui marque son retour discographique, tout en revisitant des pièces devenues emblématiques de son parcours, telles que Proposal (Demande en mariage), How Are You?, Asa Jayi, Questions on My Mind, Bad Timing ou encore Hymn to Gentrification. Le concert s’achève sur A Song for Jaffa Street, extrait de l’album Better than Berlin, dans un final empreint de nostalgie et de poésie

L’univers musical de Suleiman repose sur une fusion singulière entre les maqâms de la musique arabe, les rythmes du jazz, les influences du tango et l’élégance de l’écriture classique occidentale. De cette rencontre naît un langage profondément personnel où le piano dépasse sa fonction d’instrument pour devenir un véritable outil de narration. Sans recourir à de longs discours, sa musique raconte les histoires de l’exil, des départs, de l’appartenance, de la mémoire et des relations humaines. Chez lui, la Palestine n’est jamais seulement un sujet : elle est une présence diffuse qui habite chaque mélodie

Cette relation avec le public tunisien ne date pas d’hier. La première rencontre remonte à 2019, lors des Journées musicales de Carthage, où le musicien avait reçu le Tanit de bronze. Depuis, ses passages réguliers en Tunisie ont contribué à fidéliser un public qui suit son évolution artistique et attend chacune de ses nouvelles créations

Parmi les étapes majeures de son parcours figure l’album Better than Berlin, dont les textes ont été écrits par le romancier palestinien Majd Kayyal. À travers cette œuvre, Berlin devient une métaphore des destinations de l’exil choisies par de nombreux jeunes Palestiniens, tandis que Haïfa demeure le véritable point d’ancrage affectif du compositeur. Suleiman a souvent expliqué que le titre de l’album ne constitue pas une célébration de la capitale allemande, mais une déclaration d’attachement à sa ville natale, Haïfa, qui reste, selon ses propres mots

le lieu le plus proche de son cœur

Plusieurs chansons de cet album, notamment A Song for Jaffa Street et Questions on My Mind, ont été interprétées lors de cette soirée à Hammamet

Au-delà de la virtuosité pianistique, ce qui frappe chez Suleiman est sa capacité à transformer chaque composition en un espace de réflexion sensible. Son œuvre ne revendique jamais de manière frontale ; elle suggère, évoque, fait ressentir. La mémoire, l’identité, les déplacements forcés ou encore les mutations urbaines deviennent des récits universels, accessibles à chacun par la seule force de la musique

La présence, dans les gradins, du compositeur libanais Marcel Khalifé a ajouté une dimension symbolique à cette soirée. Invité du FIH le lendemain, le 24 Juillet, pour un concert annoncé à guichets fermés, Khalifé assistait avec attention à la prestation de son cadet. Cette image, forte et discrète à la fois, donnait à voir une forme de passage de témoin entre deux générations de créateurs arabes, réunies par une même conviction : la musique demeure l’un des plus puissants moyens de transmettre les récits, de préserver la mémoire et de porter, avec dignité, les valeurs de résistance, de liberté et de vie

Plus qu’un concert, Faraj Suleiman a offert au public de Hammamet une traversée intime où chaque note semblait rappeler que, face à l’exil, à l’effacement et aux fractures de l’histoire, la musique reste un refuge. Un hymne à la vie, à la mémoire et à cette humanité que son piano ne cesse de faire résonner

Malek Chouchi

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