سياحة

Habib Soussia, président de l’ATA : « La Tunisie capable de rivaliser à l’international », l’aviation légère, un nouvel horizon pour le tourisme tunisien

Entre potentiel géographique, tourisme hors saison et projet d’aviation légère dans le Sud, la Tunisie cherche à élargir son offre touristique. Cependant, la réussite de cette diversification dépendra de sa capacité à transformer les atouts annoncés en une véritable filière économique

La diversification du tourisme tunisien pourrait passer par une voie encore relativement peu exploitée qui est le ciel. Alors que le secteur cherche à consolider ses performances et à réduire sa dépendance aux activités saisonnières, l’aviation légère se présente comme une piste pour attirer de nouveaux visiteurs, valoriser les paysages du pays et prolonger l’activité touristique au-delà de la période estivale

 A l’occasion d’une rencontre consacrée aux compétences et à l’innovation dans les métiers du tourisme, organisée, le 23 Octobre, à l’Institut de formation aux métiers du tourisme de Hammamet (IFMTH) dans le cadre de la deuxième édition de Carthage Event Shows 2026, le président de l’Association tunisienne de l’aviation (ATA), Habib Soussia, a défendu le potentiel de la Tunisie dans le tourisme aérien léger

Selon lui, le pays dispose d’atouts géographiques et techniques susceptibles de lui permettre de devenir une destination régionale dans cette activité. Il a notamment insisté sur la possibilité de développer une offre capable d’attirer des amateurs d’aviation, notamment européens, tout en contribuant à la diversification du produit touristique national

Alternative à la saisonnalité

Le principal intérêt de cette proposition réside dans son potentiel de complémentarité avec le tourisme balnéaire. La fréquentation touristique reste soumise aux variations saisonnières, et les activités concentrées sur l’été ne suffisent pas toujours à assurer une continuité économique aux professionnels du secteur

Le tourisme aérien léger pourrait contribuer à élargir les périodes de visite grâce à des expériences liées à la découverte des paysages, aux vols de loisir et aux activités aériennes. Le Sud tunisien, avec ses espaces désertiques et ses panoramas naturels, pourrait notamment accueillir des offres associant découverte du territoire et expériences en altitude

Cette orientation ne garantit toutefois pas, à elle seule, une réduction de la saisonnalité. L’attractivité d’une destination dépend également des conditions météorologiques, de l’accessibilité, de la commercialisation des activités, de leur prix et de la qualité des services proposés. Le développement de cette niche nécessitera donc une stratégie cohérente plutôt qu’une simple multiplication d’activités ponctuelles

Projet annoncé dans le Sud tunisien

Soussia a également révélé la préparation d’un nouveau projet touristique et aéronautique dans le Sud, situé, selon ses indications, à environ vingt minutes de l’île de Djerba. Le projet devrait être consacré notamment aux montgolfières et à l’aviation légère

L’initiative pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour la valorisation touristique du territoire, en proposant des expériences différentes des circuits traditionnels. Elle pourrait également contribuer à enrichir l’offre des destinations du Sud et à encourager des séjours combinant plusieurs activités

À ce stade, ces éléments ne permettent cependant pas de considérer le projet comme opérationnel. Son calendrier de lancement, son financement, ses capacités d’accueil et ses retombées économiques prévisionnelles restent à préciser

La question de la sécurité constitue par ailleurs un préalable incontournable. Le président de l’ATA a souligné la coordination avec les ministères concernés, notamment ceux du Tourisme, de la Défense et du Transport, ainsi qu’avec la Direction générale de l’aviation civile. Il a présenté la sécurité comme une priorité pour les activités envisagées

Compétences disponibles, mais une filière à structurer

L’ATA rassemble, selon son président, des ingénieurs, des pilotes, des spécialistes du contrôle de la navigation aérienne et d’autres professionnels disposant d’expériences complémentaires. Cette diversité de compétences constitue un atout potentiel pour accompagner les projets

Néanmoins, la constitution d’une filière touristique aérienne suppose davantage que la disponibilité de spécialistes. Elle implique des infrastructures adaptées, des procédures de sécurité rigoureuses, une offre assurant la maintenance des appareils, des personnels qualifiés et des partenariats avec les opérateurs touristiques

Il faudra également déterminer comment ces activités pourront s’intégrer aux circuits existants, notamment ceux reliant Djerba, le désert et les autres destinations du Sud. La commercialisation auprès des marchés étrangers exigera une visibilité suffisante et des produits facilement accessibles à la réservation

Potentiel à convertir en résultats

L’annonce du président de l’ATA met en lumière une piste de diversification qui mérite d’être examinée dans le cadre d’une stratégie touristique plus large. Elle ouvre la possibilité de valoriser des ressources naturelles et des compétences nationales au moyen d’expériences différentes du séjour balnéaire classique

Le défi sera désormais de passer de l’ambition à l’exécution : préciser les projets, garantir les normes de sécurité, mobiliser les investissements nécessaires et mesurer les résultats en matière de fréquentation, d’emploi et de retombées locales

Le tourisme aérien léger ne remplacera pas les piliers historiques du secteur. Il pourrait, en revanche, devenir un complément utile si la Tunisie parvient à bâtir une offre crédible, durable et commercialement viable

Malek Chouchi

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