Rayan au FIC 2026 : quand la musique devient un acte d’espérance

Au Festival international de Carthage (FIC), certaines soirées dépassent le cadre du spectacle pour s’inscrire dans une dimension profondément humaine. Celle du 2 Août restera sans doute parmi les plus marquantes de cette édition. Non seulement parce qu’elle a consacré le retour très attendu du chanteur libanais Rayan sur une scène tunisienne après dix-huit années d’absence, mais surtout parce qu’elle a rappelé avec force que l’art peut devenir un formidable levier de solidarité
L’intégralité des recettes de cette soirée a été reversée à l’Association tunisienne pour la promotion des soins palliatifs, une structure qui accompagne les patients atteints de maladies graves et leurs familles. Un geste d’une portée exceptionnelle, d’autant plus que cette association reçoit, pour la première fois en vingt-cinq ans d’existence, un don issu d’un concert offert par un artiste
Cette initiative ne relève ni de la communication ni du simple engagement symbolique. Elle trouve son origine dans une expérience personnelle. Ayant lui-même traversé l’épreuve du cancer il y a quelques années avant d’en guérir, Rayan connaît intimement le poids de la maladie, la fragilité de la vie et la valeur du soutien humain
Lors de la conférence de presse précédant le concert, il a confié avoir lui-même proposé l’idée de cette soirée caritative afin d’apporter son aide à ceux qui poursuivent encore ce combat. Quelques heures avant de monter sur scène, il s’était rendu à l’Institut Salah Azaiez pour rencontrer les patients, transformant ainsi son passage en Tunisie en véritable message d’espoir

Cette dimension humaine a imprégné toute la soirée. Dès les premières notes de “Tounes”, un titre inédit composé spécialement pour cette occasion, l’artiste a exprimé, en dialecte libanais, son affection sincère pour la Tunisie. Plus qu’une simple chanson d’ouverture, cette création a installé une relation chaleureuse avec un public venu nombreux répondre à son appel à la solidarité

Accompagné par l’Orchestre national tunisien sous la direction du maestro Youssef Belhani, Rayan a livré un spectacle d’une grande élégance musicale. Les orchestrations, riches sans être envahissantes, ont donné une nouvelle ampleur à son répertoire tout en préservant la sensibilité qui caractérise sa voix, à la fois douce, chaleureuse et puissante
Après un discours empreint d’émotion, durant lequel il a remercié les spectateurs pour leur présence et leur soutien à l’association, le chanteur a déroulé un programme alternant ses plus grands succès et des hommages aux grandes figures de la chanson arabe

Les premières chansons, “Kanet Rouhi” et “Haallimak”, ont replongé les spectateurs dans les années où Rayan figurait parmi les artistes les plus populaires de la scène arabe. Révélé au début des années 2000, il avait connu un succès fulgurant grâce à des titres devenus aujourd’hui des classiques, qui continuent de cumuler des dizaines de millions d’écoutes sur les plateformes numériques

Le concert a ensuite pris une dimension patrimoniale à travers plusieurs reprises particulièrement soignées. Les chansons de Georges Wassouf, notamment “Khsert Kol Enass Alachanou”, “Saber We Radhi”, “Law Nawait Tensa Elli Fet” et “Yaawadh Allah”, ont été revisitées avec des arrangements plus modernes tout en conservant leur profondeur émotionnelle. Rayan a également rendu hommage à Abdelhalim Hafedh avec “Gana El Hawa”, avant d’offrir l’un des moments les plus vibrants de la soirée avec “Hekyou Einayk”, dont la popularité demeure intacte près de vingt ans après sa sortie

Lorsque les premières notes d’“Ahla Gharam” ont retenti dans une version plus dynamique, l’amphithéâtre de Carthage s’est transformé en une immense chorale. Les spectateurs reprenaient chaque refrain avec une ferveur qui témoignait de la place qu’occupe encore l’artiste dans leur mémoire musicale

L’émotion s’est poursuivie avec “Baadak Bethenn”, sortie en 2021, dont l’interprétation plus intimiste a suscité de longs applaudissements, avant que Rayan ne fasse résonner “Nassam Alayna El Hawa” de Fairouz. Arborant simultanément les drapeaux tunisien et libanais, il a offert une image hautement symbolique, célébrant les liens culturels et affectifs qui unissent les deux pays

L’un des instants les plus émouvants de la soirée fut sans doute l’hommage rendu à la regrettée Dhekra. En interprétant “El Assami”, accompagné par les milliers de voix présentes dans les gradins, Rayan a ravivé le souvenir d’une artiste qui demeure profondément ancrée dans la mémoire collective tunisienne

Le concert s’est refermé comme il avait commencé, avec “Tounes”, refermant une parenthèse musicale où la générosité s’est imposée comme le véritable fil conducteur de la soirée
Au-delà de la qualité artistique de la prestation, cette soirée restera comme une démonstration éloquente de la capacité de la culture à produire du sens. Dans un contexte où les manifestations artistiques sont souvent réduites à leur dimension spectaculaire, Rayan a rappelé qu’un concert peut également devenir un acte citoyen, un espace de mobilisation collective et un instrument concret de soutien à une cause essentielle
En mettant son talent au service des soins palliatifs, l’artiste libanais n’a pas seulement offert un récital à ses admirateurs. Il leur a proposé une manière différente de vivre la musique : non comme une simple parenthèse de divertissement, mais comme une expérience de partage, de compassion et d’engagement. Cette soirée de Carthage aura ainsi démontré que lorsque l’art rencontre la solidarité, il ne se contente plus d’émouvoir ; il redonne, véritablement, de l’espérance
Malek Chouchi




