ثقافة

Festival International de Carthage 2026: la République en musique, la Tunisie en héritage

Dans l’écrin majestueux de l’amphithéâtre de Carthage, où l’histoire dialogue depuis toujours avec la création, la septième soirée de la 60ᵉ édition du Festival International de Carthage (FIC) a pris une dimension particulière. Organisée à l’occasion de la Fête de la République, cette célébration musicale, portée par l’Orchestre National Tunisien sous la direction du maestro Youssef Belhani, en présence d’Amina Srarfi, ministre des Affaires culturelles, a transcendé le cadre du concert pour devenir une véritable déclaration d’amour à la Tunisie, à son patrimoine et à son identité

À travers une programmation réunissant plusieurs générations d’artistes, la soirée a rappelé que la musique tunisienne constitue bien plus qu’un héritage artistique : elle est une mémoire vivante, un langage commun et un puissant vecteur de cohésion nationale

Avant même les premières notes, l’émotion s’est invitée dans les gradins. Une vidéo annonçant l’inscription officielle du village de Sidi Bou Saïd sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO a été accueillie par une longue ovation. Cette reconnaissance internationale, proclamée lors de la 48ᵉ session du Comité du patrimoine mondial à Busan, en Corée du Sud, vient consacrer la valeur universelle exceptionnelle de ce village emblématique, reconnu comme un centre d’inspiration culturelle et spirituelle en Méditerranée

Cette annonce a donné à la soirée une résonance particulière. Elle a rappelé que le patrimoine tunisien ne se limite pas à ses monuments ou à ses paysages, mais englobe également ses traditions, ses expressions artistiques et son patrimoine immatériel, dont la musique constitue l’une des plus vibrantes manifestations

Le concert s’est ouvert avec Bledi, une œuvre chorale spécialement interprétée pour célébrer la République. Dès les premières mesures, la chorale et l’Orchestre National Tunisien ont installé une atmosphère solennelle où patriotisme et émotion se sont harmonieusement entremêlés. Plus qu’une ouverture, cette interprétation a posé les fondements d’un spectacle conçu comme un hommage à une nation dont l’identité s’est construite dans la diversité de ses expressions culturelles

La scène est ensuite devenue le théâtre d’un dialogue entre les générations. Alia Belaïd a ouvert le bal avec deux incontournables de son répertoire, La Taazem et Nesmet Chehla, immédiatement reprises par un public manifestement attaché à ces mélodies devenues intemporelles

La jeune Molka Cherni a poursuivi cette transmission en revisitant plusieurs chefs-d’œuvre du patrimoine musical tunisien. En interprétant Ah Ya Khalila de Saliha ainsi que Galou Zini Aamel Hala et Ali Jara d’Oulaya, elle a démontré que les grandes œuvres continuent d’habiter les nouvelles générations d’interprètes, assurant ainsi la continuité d’un héritage qui ne cesse de se réinventer

Avec Chahrazed Hlel, la soirée a gagné en intensité vocale. Sa maîtrise technique et sa présence scénique ont sublimé Ya Hasra Alik, Lamouni Ennes et Khallina Shab, confirmant une fois encore sa place parmi les grandes voix de la scène tunisienne contemporaine

Le registre est ensuite devenu plus festif avec Ghazi Ayadi. Dès les premières notes de Baatereflek et Habit Zamani, l’amphithéâtre s’est transformé en immense chœur populaire. En poursuivant avec Al Ain, Soltana et Lilet Zine, l’artiste a créé une véritable communion avec les spectateurs, rappelant que les chansons populaires constituent l’un des patrimoines affectifs les plus précieux de la mémoire collective tunisienne

Mariem Noureddine a prolongé cette célébration en proposant un répertoire mêlant créations contemporaines et grands classiques, de Dai Dai à Ghali, en passant par Maandi Wali de Saliha et Halili Way de Soulef. Son interprétation a illustré la richesse stylistique de la chanson tunisienne, capable de conjuguer authenticité et modernité sans jamais perdre son identité

Le concert s’est achevé sous les acclamations avec Sofien Zaidi. Après une interprétation sensible de Khamsa Snin, l’artiste a offert un véritable bouquet final en réunissant plusieurs chansons populaires tunisiennes dans un cocktail musical baptisé Laktab. L’amphithéâtre tout entier s’est alors transformé en une immense chorale où artistes et spectateurs ne faisaient plus qu’un, chantant ensemble ces mélodies qui traversent les générations et continuent de façonner l’imaginaire collectif

Au-delà de la qualité artistique des prestations, cette soirée a rappelé avec force la vocation historique du FIC : être un lieu où la culture devient un espace de transmission, de rassemblement et de dialogue entre passé et présent. En choisissant de célébrer la République à travers les grandes voix de la chanson tunisienne et un patrimoine musical partagé, le festival a affirmé que la culture demeure l’un des piliers essentiels de la construction nationale

Dans une époque où les identités sont constamment confrontées aux mutations du monde, cette célébration a démontré que le patrimoine culturel constitue un formidable levier de résilience et de continuité. La reconnaissance de Sidi Bou Saïd par l’UNESCO, conjuguée à cette fresque musicale dédiée aux plus belles pages du répertoire tunisien, a offert une même leçon : celle d’un pays qui puise dans son histoire, ses artistes et sa mémoire les ressources nécessaires pour continuer à écrire son avenir

Cette septième soirée de la 60ᵉ édition du FIC n’a donc pas seulement célébré une fête nationale. Elle a célébré une idée de la Tunisie : une nation où la culture demeure un bien commun, où la musique continue de transmettre la mémoire collective et où le patrimoine, reste une source vivante d’inspiration, de fierté et d’espérance

Malek Chouchi

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