
Malgré le franchissement du seuil des huit millions de visiteurs depuis le début de 2026, les indicateurs touristiques tunisiens accusent un léger recul par rapport à la même période de l’année précédente. Les difficultés sur les marchés algérien et libyen contrastent avec la progression des marchés français et britannique, poussant les autorités à chercher de nouveaux relais de croissance
Le tourisme tunisien affiche une fréquentation soutenue, mais les signes de ralentissement observés en 2026 soulignent la fragilité de cette dynamique et les défis qui restent à relever pour consolider les performances du secteur. Mohamed Mehdi Haloui, directeur général de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT), a déclaré, le 23 Octobre 2026, que le pays avait accueilli plus de huit millions de visiteurs depuis le début de l’année, tout en faisant état d’un léger recul des indicateurs touristiques par rapport à la période correspondante de 2025
Les indicateurs touristiques révèlent une évolution contrastée. Malgré une fréquentation qui demeure importante, le recul enregistré par rapport à 2025 met en évidence les difficultés auxquelles le secteur est confronté, notamment la baisse des arrivées en provenance de certains marchés et l’impact de facteurs économiques et climatiques sur les flux de visiteurs
Marchés voisins sous pression
Selon Haloui, le recul s’explique principalement par l’évolution des marchés voisins, notamment l’Algérie et la Libye. Le directeur général a évoqué des difficultés liées à l’utilisation des cartes bancaires ainsi que les effets des changements climatiques
Ces facteurs illustrent la diversité des déterminants de la fréquentation touristique. La proximité géographique ne suffit pas à garantir la stabilité des flux : les conditions de paiement, les modalités de déplacement et le contexte économique peuvent influencer les décisions de voyage
Les marchés algérien et libyen constituent des segments importants pour l’activité touristique tunisienne. Les difficultés qui les affectent peuvent donc avoir des conséquences sur les établissements, les destinations et les professionnels qui dépendent de cette clientèle
France et Royaume-Uni en progression
À l’inverse, les marchés européens traditionnels, notamment français et britannique, auraient enregistré une progression estimée à 2,3%, a-t-il affirmé
Cette évolution offre un point d’appui au secteur. Elle souligne l’intérêt de consolider les marchés où la destination tunisienne dispose déjà d’une présence commerciale, d’une connaissance de la clientèle et de circuits de distribution établis
Cependant, une progression sur certains marchés ne suffit pas nécessairement à compenser un recul ailleurs. L’évolution globale dépend du poids de chaque marché dans la fréquentation totale, de la durée des séjours, du type d’hébergement choisi et du niveau de dépenses des visiteurs
Le nombre d’entrées constitue donc un indicateur important, mais incomplet. Pour apprécier les retombées économiques de la fréquentation, il faut également examiner les nuitées, les recettes, les dépenses des visiteurs et leur répartition entre les différentes régions du pays
Amérique latine parmi les pistes de diversification
Face à ces évolutions, Haloui a indiqué que les efforts se poursuivaient pour relancer les arrivées et atteindre les objectifs fixés pour la fin de l’année. Il a notamment évoqué l’Amérique latine parmi les marchés à explorer afin de renforcer le positionnement de la destination tunisienne
L’ouverture à des marchés plus lointains peut contribuer à diversifier les sources de fréquentation et à réduire la dépendance à certains bassins émetteurs. Elle suppose toutefois un travail de fond : identification des clientèles, adaptation de la communication, partenariats avec les opérateurs, accessibilité aérienne et construction d’offres correspondant aux attentes des voyageurs ciblés
La diversification géographique ne se résume donc pas à la promotion d’une destination sur de nouveaux marchés. Elle nécessite des investissements commerciaux et une stratégie de distribution capable de transformer l’intérêt suscité en réservations effectives
Le potentiel de l’Amérique latine devra, à cet égard, être évalué à partir de données précises sur les flux, les liaisons disponibles, les coûts de déplacement et les perspectives de demande
Au-delà des arrivées, la question de la valeur économique
Les résultats touristiques doivent également être appréciés à travers leur contribution à l’économie nationale. Le nombre de visiteurs ne renseigne pas, à lui seul, sur la valeur créée par leur séjour ni sur la manière dont les revenus sont répartis entre les entreprises, les salariés et les territoires
Une fréquentation élevée peut coexister avec des durées de séjour variables, des dépenses inégales ou des niveaux d’activité différents selon les destinations. Ainsi, l’évolution des recettes et des nuitées mérite d’être suivie parallèlement à celle des arrivées
,Le compte satellite du tourisme (CST), publié par l’Institut national de la statistique (INS) le 20 Octobre 2026 permet de mieux mesurer la contribution du secteur à l’économie tunisienne. Selon cette publication, la valeur ajoutée brute directe du tourisme en Tunisie est estimée à 8,6625 milliards de dinars en 2025, tandis que son produit intérieur brut direct atteint 8,9353 milliards de dinars, soit 5,2% du PIB national
Ces chiffres de 2025 montrent l’importance économique du secteur et l’intérêt de suivre ses performances au-delà du seul nombre d’entrées
Diversifier l’offre autant que les marchés
Le tourisme balnéaire reste un pilier du secteur, mais la diversification vers de nouvelles expériences peut contribuer à élargir les périodes de fréquentation et à toucher d’autres catégories de visiteurs. Le tourisme aérien léger, défendu par Habib Soussia, président de l’Association tunisienne de l’aviation (ATA), illustre l’une des pistes évoquées par les professionnels
Parallèlement, le projet de transformation de l’Institut de formation aux métiers du tourisme de Hammamet (IFMTH) en centre afro-méditerranéen, annoncé par Ahmed Jamel, directeur général de l’Agence de formation dans les métiers du tourisme (AFMT), souligne le rôle des compétences dans l’amélioration de la qualité des services
Ces initiatives ne constituent pas encore, à elles seules, la preuve d’une transformation accomplie. Elles témoignent cependant de deux leviers possibles : enrichir les expériences proposées aux visiteurs et renforcer les compétences nécessaires à leur développement
Une fin d’année placée sous le signe des résultats concrets
Le franchissement du seuil des huit millions de visiteurs constitue un repère important, mais le léger recul signalé par l’ONTT invite à examiner les performances du secteur avec précision
La consolidation des marchés européens, la résolution des difficultés qui affectent certains marchés voisins, l’exploration de nouvelles clientèles et la diversification de l’offre constituent autant de pistes évoquées pour soutenir la fréquentation
Leur efficacité devra être mesurée à travers des résultats vérifiables : évolution des arrivées par marché, nuitées, recettes, durée moyenne des séjours et retombées sur l’emploi et les entreprises
L’enjeu n’est donc pas uniquement de faire venir davantage de visiteurs. Il est aussi de construire une activité touristique plus régulière, plus diversifiée et capable de générer des retombées économiques durables pour les différentes régions tunisiennes
Malek Chouchi




