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Tunisie-République tchèque : soixante-dix ans d’amitié, une relation tournée vers l’avenir

Au Palais Ahmed Bey, la République tchèque a célébré sa fête nationale dans une atmosphère empreinte de convivialité, de culture et d’amitié. Derrière les images d’une belle soirée, c’est une relation de soixante-dix années qui s’est racontée, entre mémoire, coopération et volonté d’ouvrir une nouvelle page.

Il est des cérémonies diplomatiques qui dépassent le simple cadre protocolaire. Elles deviennent des moments de mémoire et de transmission, où l’histoire d’une relation se conjugue avec la volonté de construire l’avenir.

La réception organisée le 28 septembre au prestigieux Palais, à La Marsa, à l’occasion de la Fête nationale de la République tchèque et du 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Tunisie et la République tchèque, s’inscrivait pleinement dans cette démarche.

Dans ce cadre historique, la soirée a réuni de nombreuses personnalités tunisiennes, des membres du corps diplomatique, des partenaires économiques ainsi que des amis et représentants de la communauté tchèque en Tunisie. L’événement avait précisément pour ambition de célébrer simultanément la fête nationale, liée à la mémoire de Saint-Venceslas, et sept décennies de relations diplomatiques avec la Tunisie.

Richard Kadlčák : célébrer le passé, préparer l’avenir

Prenant la parole à l’occasion de la fête nationale, Richard Kadlčák, Ambassadeur de la République tchèque en Tunisie, a placé la célébration sous le signe de la continuité, mais aussi du renouvellement.

Le diplomate a d’abord adressé ses félicitations aux citoyens tchèques et à ses amis tunisiens, avant de souligner le caractère particulier de cette année anniversaire.

Soixante-dix années de relations diplomatiques, c’est bien plus qu’une étape symbolique. C’est un véritable capital : un capital de confiance, de contacts, d’expériences partagées et de compréhension mutuelle.

L’ambassadeur a insisté sur le fait que ces décennies ont permis aux deux pays de construire des relations fondées sur l’amitié, le respect mutuel, la confiance et la coopération, tout en traversant les transformations du contexte international et en s’adaptant aux nouvelles réalités.

Cette capacité d’adaptation est essentielle car le monde de l’établissement des relations diplomatiques n’est évidemment plus celui d’aujourd’hui. L’Europe s’est transformée, la Méditerranée a connu de profondes mutations et les priorités économiques, technologiques et géopolitiques ont considérablement évolué.

Une relation ancienne ne peut donc rester vivante qu’en acceptant de se réinventer.

C’est précisément le sens du message de Kadlčák : cet anniversaire doit être l’occasion de rendre hommage à l’héritage commun, mais aussi de regarder l’avenir avec ambition et confiance.

Véritable enjeu : un partenariat appelé à se renouveler

L’un des mots les plus importants du discours de l’ambassadeur est probablement celui de « partenariat renouvelé ».

Il ne s’agit pas de remettre en question ce qui a été construit. Au contraire, il s’agit de partir de cette histoire pour donner à la relation de nouveaux contenus.

La Tunisie et la République tchèque disposent déjà d’un socle diplomatique solide. La question est désormais de savoir comment le traduire dans davantage de projets concrets comme le commerce, les investissements, le tourisme, l’enseignement supérieur, la culture, la technologie et la recherche.

Autant de domaines susceptibles de donner à la relation bilatérale une profondeur nouvelle.

La diplomatie contemporaine ne peut plus se contenter de constater que deux pays entretiennent de bonnes relations. Elle doit désormais mesurer ce que cette confiance permet concrètement de construire et les résultats qu’elle peut produire.

Dialogue politique, colonne vertébrale de la relation

L’ambassadeur a également insisté sur la qualité et la régularité du dialogue politique entre Tunis et Prague.

Les contacts entre responsables de haut niveau ont permis, au fil du temps, d’entretenir la confiance et d’échanger sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun.

Kadlčák a notamment rappelé la visite de travail effectuée en Tunisie le 24 Avril 2025 par Jan Lipavský, ministre tchèque des Affaires étrangères.

Une relation bilatérale ne se construit pas seulement à travers les accords signés. Elle se construit dans la continuité des consultations, dans la capacité des deux parties à maintenir un dialogue même lorsque l’environnement international devient plus complexe.

Le dialogue politique devient ainsi le socle sur lequel peuvent se développer les autres dimensions du partenariat.

Economie : transformer les complémentarités en opportunités

Après sept décennies de relations, la coopération économique apparaît naturellement comme l’un des grands chantiers de l’avenir.

L’enjeu n’est pas simplement d’accroître les échanges. Il est de les diversifier, de les moderniser et de favoriser davantage les partenariats entre entreprises.

La Tunisie et la République tchèque disposent de complémentarités qui peuvent être davantage exploitées dans l’industrie, les services, les nouvelles technologies, l’innovation et le tourisme.

Cette volonté de passer à une coopération davantage orientée vers les résultats donne une dimension particulièrement concrète au discours de l’ambassadeur.

Il ne s’agit plus seulement de parler d’amitié. Il s’agit de faire de cette amitié un environnement favorable aux entrepreneurs, aux investisseurs, aux chercheurs et aux jeunes générations.

Sofiane Tekaya : Tourisme, une autre passerelle entre Tunis et Prague

La présence de Sofiane Tekaya, ministre tunisien du Tourisme, comme invité d’honneur donne une autre dimension à la soirée. Elle rappelle que le tourisme constitue un puissant instrument de rapprochement entre les peuples.

Le tourisme constitue en effet l’un des domaines où les échanges entre les deux sociétés peuvent prendre une dimension très concrète. Derrière les statistiques de fréquentation se trouvent des expériences individuelles : une ville découverte, une gastronomie goûtée, un patrimoine exploré, une rencontre qui laisse une impression durable.

Un visiteur tchèque qui découvre la Tunisie ne repart pas seulement avec des photographies. Il emporte avec lui une perception personnelle du pays. De même, chaque Tunisien qui découvre Prague, ses villes, son patrimoine et sa culture participe à une meilleure connaissance de la République tchèque.

Le tourisme devient alors une forme de diplomatie populaire et sa présence au cœur de cette célébration confirme qu’il peut devenir l’un des piliers du développement futur des relations tuniso-tchèques.

L’ambassade tchèque souligne elle-même que la présence du ministre du Tourisme mettait en évidence la coopération croissante entre les deux pays, notamment dans ce secteur.

Université : investir dans la relation de demain

Parmi les perspectives évoquées par Kadlčák, la coopération universitaire mérite une attention particulière. Elle constitue sans doute l’un des domaines où les effets d’une politique diplomatique peuvent être les plus durables.

Un accord économique peut produire des résultats rapides. Toutefois, un partenariat universitaire produit quelque chose de plus profond : des générations de personnes capables de comprendre les deux pays.

Étudiants, enseignants, chercheurs et professionnels deviennent alors des passeurs entre les sociétés. Ils créent des réseaux qui peuvent durer bien au-delà de leurs années d’études.

La volonté affichée par l’ambassadeur de travailler avec les partenaires tchèques pour progresser dans ce domaine traduit donc une vision de long terme.

Le développement de cette coopération traduit ainsi une vision de long terme : le partenariat tuniso-tchèque ne doit pas seulement se mesurer en termes de marchandises ou d’investissements, mais aussi en termes de connaissances, de compétences et de réseaux partagées.

Culture, comme langage commun

Le choix du Palais Ahmed Bey ajoutait enfin une dimension symbolique à l’ensemble. Le patrimoine tunisien accueillait la fête nationale d’un pays d’Europe centrale. Cette rencontre entre deux histoires était en elle-même éloquente. Le palais devenait le point de rencontre de deux mémoires, de deux identités et de deux traditions.

La diplomatie culturelle trouve précisément sa force dans ce type de rencontre. Elle ne cherche pas à uniformiser. Elle cherche à rapprocher sans effacer les différences  et c’est peut-être là l’une des plus belles définitions de l’amitié entre les peuples.

La soirée a également été ponctuée par une exposition photographique, qui a apporté une dimension visuelle et patrimoniale particulière à cette célébration.

À travers les images présentées, les invités ont été conviés à porter un autre regard sur la République tchèque. Dans ce contexte particulier, cette approche visuelle prenait une dimension singulière : elle permettait de donner des visages, des lieux et des souvenirs à une relation que l’on associe souvent aux échanges institutionnels et politiques.

Les paysages, les villes, le patrimoine et les différentes facettes du pays composaient ainsi un récit à la fois accessible et vivant. Après soixante-dix années de relations, il ne s’agissait plus seulement de rappeler une histoire diplomatique, mais de montrer ce qu’elle représente concrètement pour les sociétés et les personnes qui la font vivre.

Cette dimension trouvait un écho particulier dans la présence de Tekaya, invité d’honneur de la réception. Le tourisme constitue en effet l’un des espaces privilégiés de cette rencontre entre les peuples. Derrière les statistiques et les flux de visiteurs se trouvent des expériences individuelles : une ville découverte, une gastronomie goûtée, un patrimoine exploré, une rencontre qui laisse une impression durable.

À cette lecture par le patrimoine et le voyage répondait un autre volet, consacré à l’histoire du groupe Baťa, présenté à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de Tomáš Baťa. À travers cette figure emblématique de l’industrie et de l’entrepreneuriat tchèques, c’est une autre facette du pays qui apparaissait : celle de l’innovation, du savoir-faire industriel et d’une culture entrepreneuriale dont l’influence a largement dépassé les frontières.

Le parcours proposé au fil de la soirée dessinait ainsi une image plus complète de la relation tuniso-tchèque. Du patrimoine au tourisme, de la rencontre entre les peuples aux échanges économiques, plusieurs dimensions d’un même partenariat se répondaient. L’histoire des soixante-dix dernières années n’était donc pas seulement évoquée : elle se prolongeait dans des domaines concrets où les deux pays peuvent continuer à approfondir leurs échanges.

C’est peut-être là que résidait l’un des messages les plus intéressants de cette célébration : une relation diplomatique ne vit pas uniquement dans les archives ou les cérémonies. Elle se nourrit aussi de voyages, de découvertes, de savoir-faire, d’initiatives et de rencontres qui lui donnent, au fil du temps, une dimension humaine et tangible.

La diplomatie a également pris une dimension artistique au cours de la soirée. Les prestations de la troupe tunisienne Seltika et du groupe tchèque Pitrs & Oldband, associées à la présence photographique, ont donné au Palais une dimension de rencontre entre les cultures tunisienne et tchèque.

La musique possède cette force singulière de créer immédiatement un espace commun. Elle ne demande ni longues explications ni protocole : elle se partage, se ressent et rapproche. La présence simultanée d’artistes tunisiens et tchèques donnait ainsi une traduction concrète à l’idée d’échange culturel, en faisant de la culture bien davantage qu’un simple accompagnement de la cérémonie.

Elle complétait surtout le message porté par Kadlčák : une relation bilatérale ne se construit pas uniquement à travers les rencontres politiques ou les échanges économiques. Elle se nourrit aussi de la connaissance réciproque des peuples, de leur culture, de leur patrimoine et de leur mémoire.

Dans cette perspective, la soirée ne célébrait pas seulement soixante-dix années de relations diplomatiques. Elle donnait aussi à voir ce qui leur donne une profondeur et une continuité : la capacité de deux sociétés à se découvrir, à partager et à créer des passerelles au-delà des cadres institutionnels.

Partenaires d’une soirée d’amitié

La réussite de cette célébration doit également beaucoup à ses partenaires.

Le Radisson Blu Hotel & Convention Center, Tunis, le Domaine Drassen ainsi que la Sté Prates Son et Lumières ont accompagné l’événement et contribué à son organisation et à son cadre technique.

Derrière les grandes cérémonies diplomatiques se trouvent toujours des équipes, des professionnels et des partenaires dont le travail contribue à transformer une intention en événement.

Leur participation rappelle que la diplomatie contemporaine est aussi une œuvre collective.

Nouvelle géographie de la coopération

L’avenir de la relation tuniso-tchèque pourrait aussi se jouer dans sa capacité à rapprocher davantage deux espaces géographiques complémentaires. La République tchèque, au cœur de l’Europe centrale, et la Tunisie, ancrée dans l’espace méditerranéen et africain, occupent des positions différentes, mais qui peuvent précisément devenir complémentaires.

Prague dispose d’une expérience reconnue dans les domaines industriel, technologique et scientifique. Tunis, de son côté, bénéficie de sa position stratégique en Méditerranée, de sa proximité avec l’Europe et d’un potentiel humain et économique important. Cette configuration ouvre des perspectives qui dépassent le seul cadre bilatéral : la Tunisie peut constituer un point d’ancrage vers la Méditerranée et l’Afrique, tandis que la République tchèque peut offrir un accès privilégié à l’Europe centrale.

La relation entre les deux pays peut ainsi prendre une nouvelle dimension, en reliant des territoires, des compétences et des réseaux dans des domaines aussi variés que l’industrie, la technologie, la recherche, l’enseignement supérieur, la culture ou le tourisme.

De la célébration à l’action

C’est finalement ce qui donne à l’intervention de Richard Kadlčák toute sa portée. L’ambassadeur ne s’est pas seulement attaché à dresser le bilan de ce qui a été accompli ; il a également esquissé les contours de ce qui pourrait encore l’être.

Les soixante-dix années de relations diplomatiques constituent un héritage précieux. Mais cet héritage ne prend pleinement son sens que s’il permet d’ouvrir de nouvelles perspectives. La confiance accumulée au fil des décennies peut désormais se traduire par davantage de projets, de partenariats et d’échanges : des investissements et des collaborations entre entreprises, des réseaux universitaires et scientifiques plus étroits, une circulation accrue des artistes et des étudiants, ainsi qu’une coopération touristique capable de rapprocher encore davantage les sociétés.

Cette ambition suppose surtout de faire vivre la relation au-delà des rendez-vous officiels. Car une relation diplomatique ne reste durable que lorsqu’elle trouve des relais dans les sociétés elles-mêmes : les étudiants, les chercheurs, les entrepreneurs, les artistes, les touristes, mais aussi toutes celles et ceux que les échanges entre les deux pays amènent à se rencontrer.

C’est sans doute là que se situe le véritable enjeu des prochaines années. Après sept décennies, Tunis et Prague disposent d’une histoire suffisamment riche pour ne plus avoir à démontrer la solidité de leurs liens. Le défi consiste désormais à leur donner davantage de substance et à faire en sorte que les nouvelles générations ne soient pas seulement les héritières de cette histoire, mais qu’elles en deviennent à leur tour les actrices.

De Baťa à l’université, de la culture au tourisme, de l’industrie aux échanges humains, une même idée se dessinait : l’histoire constitue la fondation, mais elle ne doit jamais devenir une destination.

Le meilleur hommage aux soixante-dix années écoulées sera donc de faire des prochaines décennies une nouvelle étape de la relation entre Tunis et Prague.

Malek Chouchi

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