ثقافة

Carthage Yghani : quand la Garde nationale fait entendre une autre voix de ses 70 ans

Et si, pour raconter 70 ans d’histoire, il fallait parfois déposer l’uniforme le temps d’une soirée et laisser parler la musique ? C’est le pari fait, le Dimanche 6 Septembre, au Théâtre antique de Carthage avec le spectacle « Carthage Yghani », une manifestation artistique organisée par le Club sportif de la Garde nationale en partenariat avec le groupe Boudinar dans le cadre des célébrations du 70e anniversaire de l’institution

Dans ce lieu emblématique de la mémoire tunisienne, la Garde nationale a choisi une scène musicale pour présenter un autre visage d’elle-même : celui d’une institution qui, au-delà de ses missions sécuritaires et opérationnelles, revendique également une présence dans la culture, dans le sport et dans la vie sociale

La soirée a été placée sous la direction musicale du maestro Kamel Abassi, qui a proposé une expérience artistique conçue comme un dialogue entre plusieurs générations et plusieurs univers de la chanson tunisienne et arabe

Dès le début de la soirée, le ton était donné avec l’hymne national interprété par la Compagnie d’honneur de la Garde nationale. Un moment à forte charge symbolique : la musique militaire, habituellement associée aux cérémonies officielles, ouvrait ici la voie à une soirée consacrée à la chanson et au spectacle

De Hédi Jouini aux grandes voix arabes

Le répertoire présenté à Carthage a ensuite élargi considérablement le cadre. La chanson tunisienne y a occupé une place importante à travers notamment des œuvres associées à Hédi Jouini et à Nabiha Karaouli, faisant dialoguer le patrimoine musical tunisien avec des interprétations plus contemporaines

Cependant, « Carthage Yghani » ne s’est pas limité au répertoire national. La soirée a également traversé les frontières de la chanson arabe avec des titres associés à de grandes figures comme Mayada El Hennawy, Majida El Roumi, Ragheb Alama, Wael Kfoury et Wael Jassar

Ce choix de programmation donne au spectacle une dimension particulière. Il ne s’agissait pas simplement de célébrer un anniversaire institutionnel par une soirée musicale, mais de construire un véritable voyage dans la mémoire affective du public : des classiques tunisiens aux grands succès arabes, plusieurs générations pouvaient retrouver des chansons qui appartiennent à leur propre histoire

Lotfi Bouchnak et Fawzi Ben Gamra, les surprises de la soirée

Le spectacle a également réservé une place de choix aux invités surprises

Lotfi Bouchnak a fait son apparition sur scène, apportant à la soirée l’une des voix les plus emblématiques de la chanson tunisienne. Il a notamment interprété « Enti Chamsi », « Nsaya » et « Ritk Ma Naaref Win », trois titres qui ont immédiatement inscrit son passage dans la mémoire musicale collective du public

Autre présence remarquée : Fawzi Ben Gamra, qui a également participé à la soirée avec plusieurs titres populaires, parmi lesquels « Oum Essafsari », « Ya Qamar Ellil » et « El Ayem Tejri ». Ces deux artistes ont donné une autre dimension au spectacle. Derrière l’apparente simplicité d’une soirée musicale, leur choix a permis de réunir des univers, des générations et des sensibilités différentes autour d’une même scène

 Garde nationale n’est pas seulement dans les missions sécuritaires

Selon le porte-parole de la Garde nationale, Houssem Eddine Jebabli, « Carthage Yghani » représente une expérience différente et exceptionnelle, notamment parce qu’elle intervient dans le cadre du 70e anniversaire de la Garde nationale. Pour lui, elle dépasse donc largement la seule dimension artistique

Jebabli insiste sur le fait que la Garde nationale « n’est pas seulement dans les missions sécuritaires et opérationnelles ». L’institution, explique-t-il, est également ouverte aux manifestations artistiques, à la société et à la culture

Le spectacle de Carthage devient ainsi un outil de communication institutionnelle, mais aussi une manière de montrer que derrière les missions quotidiennes de sécurité existe une communauté humaine engagée dans d’autres domaines : la culture, le sport, la création et la transmission

Célébration qui ne s’arrête pas à Carthage

 Le Spectacle de « Carthage Yghani » s’inscrit par ailleurs dans une programmation plus large destinée à marquer les sept décennies de la Garde nationale. Jebabli rappelle notamment une précédente manifestation organisée à la Cité de la culture, avant d’évoquer la poursuite des festivités avec d’autres rendez-vous artistiques

Une soirée avec Nancy Ajram est notamment annoncée pour la semaine suivante, confirmant la volonté d’inscrire le 70e anniversaire dans une programmation destinée à toucher un public large

Le choix de grandes scènes et d’artistes populaires traduit une stratégie claire : faire de cet anniversaire non seulement un moment de mémoire institutionnelle, mais aussi un événement visible dans l’espace culturel tunisien

Club sportif, au cœur de l’organisation

Derrière cette manifestation artistique se trouve également le Club sportif de la Garde nationale, dont le rôle est souligné par le porte-parole. Le club ne constitue pas une simple structure sportive secondaire. Il compte 14 sections, engagées dans différentes disciplines et affiliées aux fédérations sportives

Jebabli met en avant les résultats obtenus par les athlètes du club, notamment sur la scène internationale, avec des participations aux Jeux méditerranéens, des médailles dans des compétitions mondiales et des résultats importants dans différentes disciplines

Le club évolue ainsi dans des domaines aussi variés que les sports individuels, le basketball ou encore la natation avec palmes. Cette dimension sportive complète le message culturel porté par ce spectacle car le sport, comme la musique, constitue un espace de représentation différent pour une institution généralement associée à la sécurité. Sur les terrains comme sur les scènes, ce sont d’autres valeurs qui apparaissent : discipline, persévérance, dépassement de soi, travail collectif et transmission

Recettes du spectacle pour les jeunes du club

L’un des aspects les plus importants de la manifestation se trouve peut-être dans une dimension moins visible pour le public : les recettes du spectacle doivent contribuer au financement des activités du Club sportif de la Garde nationale et aux dépenses liées aux jeunes et aux enfants du club

Jebabli explique que les revenus générés par la soirée sont destinés à soutenir les charges liées aux activités sportives et aux jeunes athlètes. Ce détail transforme alors la nature de l’événement

Le spectacle n’est plus uniquement un rendez-vous commémoratif ou culturel. Il devient également un moyen de contribuer concrètement au développement du sport et à l’accompagnement des jeunes

Autre manière de raconter une institution

Il y a, dans « Carthage Yghani », un paradoxe particulièrement intéressant. La Garde nationale fête ses 70 ans dans un lieu antique, chargé de mémoire, en faisant appel à la musique, à des artistes populaires et à un public qui vient avant tout pour partager une émotion artistique

L’institution sécuritaire choisit donc, le temps d’une soirée, le langage universel de la musique pour parler de son histoire et de son rapport à la société

Le choix du répertoire n’est pas anodin : Hédi Jouini renvoie au patrimoine tunisien ; les grandes voix de la chanson arabe ouvrent la soirée sur un espace culturel plus large ; Bouchnak et Ben Gamra apportent leurs univers propres ; tandis que la compagnie d’honneur de la Garde nationale rappelle, dès l’ouverture, la dimension institutionnelle de l’événement

Tout est finalement construit autour d’une même idée : faire coexister mémoire, identité, culture et institution

De l’uniforme à la scène

À travers les propos de Jebabli, une volonté apparaît nettement : montrer que les 70 ans de la Garde nationale ne se résument pas à une chronologie de missions et d’opérations

L’anniversaire devient aussi l’occasion de présenter une institution qui veut se montrer dans sa diversité, à travers ses musiciens, ses sportifs, ses jeunes et son engagement dans la vie culturelle. « Carthage Yghani » aura donc été davantage qu’un concert

Au Théâtre de Carthage, la musique a servi de passerelle entre une institution et son public. Elle a permis de convoquer la mémoire musicale tunisienne, de faire résonner les grandes voix arabes, de surprendre avec Bouchnak et Ben Gamra, tout en rappelant la mission première de ceux qui organisaient la soirée

À 70 ans, la Garde nationale cherche ainsi à raconter son histoire autrement : non seulement par le devoir et la sécurité, mais aussi par la culture, le sport et la proximité avec la société

Et c’est peut-être là que réside la véritable portée de « Carthage Yghani » : faire de la scène, pendant quelques heures, un autre espace de rencontre entre l’institution et la Tunisie qu’elle accompagne

Malek Chouchi

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