Cairokee à Carthage : le 15 septembre, une génération entière donne rendez-vous à la musique

Au Théâtre antique de Carthage, Cairokee s’apprête à transformer une soirée de rentrée en grand moment musical. Porté par près d’un quart de siècle d’évolution artistique et par la sortie récente de Supernova, le groupe égyptien investira la scène carthaginoise le 15 Septembre 2026, à l’initiative de Wakalar Events. Une date qui pourrait bien dépasser le simple cadre d’un concert pour devenir l’un des rendez-vous les plus attendus de cette rentrée culturelle tunisienne
Il y a des concerts que l’on programme et puis il y a ceux que l’on attend. La venue de Cairokee à Carthage appartient clairement à la seconde catégorie. Le Mardi 15 Septembre 2026, à 22 heures, le groupe égyptien retrouvera le public tunisien au Théâtre de Carthage, dans le cadre de la programmation Carthage Off. Cependant, réduire cette soirée à une simple date de tournée serait passer à côté de ce qui fait aujourd’hui la singularité de Cairokee

Cairokee, bien plus qu’un groupe de rock
Depuis sa formation officielle en 2003, Cairokee a construit une trajectoire singulière dans la musique arabe contemporaine. Né au Caire autour d’un groupe d’amis, le collectif s’est progressivement imposé en faisant dialoguer rock, chanson égyptienne, pop et écriture générationnelle
Son ascension a été particulièrement spectaculaire au début des années 2010. Dans le contexte de la révolution égyptienne de 2011, ses chansons sont devenues associées à une jeunesse qui cherchait une voix, un langage et une manière nouvelle de raconter son époque. Des titres comme Sout El Horeya ou Ya El Midan, enregistré avec Aida El Ayoubi, ont contribué à inscrire le groupe dans l’histoire musicale récente de l’Égypte
Toutefois, l’histoire de Cairokee ne s’est pas arrêtée à cette dimension contestataire. C’est précisément là que réside peut-être la plus grande réussite du groupe : avoir réussi à survivre à son propre symbole
Beaucoup d’artistes deviennent prisonniers de l’époque qui les a révélés. Cairokee, lui, a continué à évoluer. Son répertoire s’est progressivement éloigné du seul registre de la chanson protestataire pour explorer l’intime, les relations humaines, la solitude, les contradictions sociales, l’amour, le passage du temps et les interrogations d’une génération confrontée à un monde en accélération permanente
Le groupe est ainsi devenu moins le porte-voix d’un événement que le miroir d’une génération

Supernova, le nouveau souffle de Cairokee arrive à Carthage
La date tunisienne intervient dans un contexte particulièrement intéressant. Le 3 Août 2026, Cairokee a publié Supernova, son septième album studio et son premier album complet depuis Roma, paru en 2022. L’album comporte dix titres pour environ 43 minutes de musique. Ce détail est essentiel pour comprendre l’intérêt de la soirée carthaginoise
Le public tunisien ne découvrira pas seulement les grands classiques d’un groupe déjà installé. Il retrouvera Cairokee dans une nouvelle phase de son parcours artistique. Supernova rassemble notamment Nesena, Mategy, Ana Fadel, Tata Tata, Haseb Haseb, Mot Leh, Alf Meraya, Wahdy, Ana Bakbr et Fel Khetam. Deux morceaux font intervenir le musicien Sary Hany
Le titre même de l’album semble résumer une partie de cette évolution : une explosion, une transformation, une nouvelle lumière après une longue accumulation d’énergie. La presse culturelle arabe a d’ailleurs souligné cette volonté de renouvellement, décrivant Supernova comme une étape où le groupe cherche à reformuler son identité musicale, visuelle et narrative plutôt qu’à reproduire mécaniquement la recette de ses précédents succès. Et c’est précisément ce qui rend le rendez-vous de Carthage particulièrement prometteur

Rencontre entre deux rives
Cairokee n’arrivera pas à Carthage comme un artiste étranger totalement inconnu du public tunisien. Le groupe appartient à cet espace culturel arabe où les frontières musicales sont devenues beaucoup plus poreuses. Ses chansons ont circulé bien au-delà de l’Égypte, portées par les plateformes numériques et par une génération qui consomme la musique arabe sans nécessairement la classer selon les anciennes catégories : variété, rock, chanson engagée ou pop
Carthage devient alors un lieu particulièrement symbolique pour cette rencontre. D’un côté, un théâtre chargé de près de deux millénaires d’histoire et devenu l’une des scènes les plus emblématiques de la région. De l’autre, un groupe qui a fait de la modernité, de l’énergie électrique du rock et des préoccupations contemporaines son langage
La rencontre est presque cinématographique : la pierre millénaire face à une musique née dans les rues d’une métropole moderne et cette opposition apparente est justement ce qui peut donner au spectacle sa force
Soirée qui arrive au moment de la rentrée
Le choix du 15 Septembre n’est pas anodin. La soirée Cairokee clôt pratiquement la séquence estivale de Carthage Off, après une programmation qui aura réuni plusieurs grandes figures de la scène arabe au Théâtre de Carthage
Cairokee arrive donc à un moment particulier : la fin de l’été, mais aussi le début d’une nouvelle saison
La rentrée scolaire aura commencé. Les vacances toucheront à leur terme et pourtant, le théâtre pourrait connaître une dernière grande poussée d’énergie estivale. C’est toute l’ambivalence de cette date : une soirée de rentrée qui ressemble encore à une nuit d’été

Le 15 Septembre, Carthage changera de tempo
À 22 heures, le Théâtre de Carthage ne sera probablement pas seulement le décor d’un concert. Pendant deux heures, il deviendra le point de rencontre entre plusieurs temporalités
Les gradins sont annoncés à 110 TND et les places en chaise à 192 TND sur Teskerti
Pour celles et ceux qui suivent Cairokee depuis ses débuts comme pour ceux qui découvrent aujourd’hui son univers, la promesse est la même
Une nuit où le rock égyptien rencontrera la pierre de Carthage
où les anciens refrains croiseront les chansons de Supernova
et où une scène vieille de siècles donnera une nouvelle vie à la musique d’aujourd’hui
Malek Chouchi




