ثقافة

Sada Atlas d’Outail Maaoui au FIH 2026: l’écho d’une mémoire musicale en mouvement

Dans le cadre de la 60ᵉ édition du Festival international de Hammamet (FIH), le violoniste et compositeur tunisien Outail Maaoui a présenté, Dimanche 26 Juillet 2026, en création mondiale, son nouveau projet musical « Sada Atlas ». Une œuvre qui dépasse le cadre du concert pour proposer une véritable réflexion sur la mémoire musicale tunisienne, sa transmission et sa réinvention dans un langage résolument contemporain

Pendant près de deux heures, le Théâtre de plein air de Hammamet s’est transformé en un espace d’écoute où la musique semblait suspendre le temps. Loin des formats conventionnels, « Sada Atlas » a offert au public une expérience immersive, construite autour de la force évocatrice du son, de la richesse des timbres instrumentaux et d’un dialogue permanent entre patrimoine et création

Cette nouvelle œuvre constitue le troisième volet d’une trilogie artistique entamée par Maaoui avec « Liqaa » en 2014, puis poursuivie avec « Ombres d’Atlas » en 2023. Avec « Sada Atlas », le compositeur s’intéresse cette fois à la notion d’écho, ce phénomène invisible qui continue d’exister longtemps après que la note s’est éteinte. Cet écho devient ici une métaphore de la mémoire : celle qui traverse les générations, se transforme au fil du temps et continue de résonner dans les sensibilités contemporaines

Le projet puise dans un patrimoine musical tunisien longtemps resté à l’écart des circuits de diffusion les plus médiatisés. Sans jamais le dénaturer, Maaoui choisit de le replacer dans une écriture actuelle, où les mélodies traditionnelles conservent leur identité tout en bénéficiant de nouveaux arrangements et de nouvelles perspectives d’interprétation. Le titre « Sada Atlas » renvoie ainsi à un vaste espace géographique et culturel où les sonorités tunisiennes rencontrent naturellement les influences méditerranéennes, dessinant une cartographie musicale ouverte sur le monde

L’ouverture du concert avec « Kurdi Funk » donnait immédiatement le ton. Cette composition, où le violon dialogue avec une orchestration contemporaine, annonçait un spectacle dans lequel la musique instrumentale occuperait une place centrale. Tout au long de la soirée, le fil conducteur est resté le même : ici, le chant ne domine pas la musique, il en est le prolongement naturel

Après cette introduction, Raoudha Abdallah a rejoint la scène pour interpréter « Nkhamem Fik », « Lik » et « Ya Soghri ». Sa voix, empreinte de sensibilité et de maîtrise, s’est parfaitement inscrite dans l’univers imaginé par Maaoui, apportant une profondeur émotionnelle à cette première partie du concert

Le public a ensuite accueilli l’accordéoniste Hatem Lajmi, dont les interventions sur « Athar » et « Mjarred » ont enrichi la palette sonore du spectacle. Son jeu, tout en nuances, a illustré la complémentarité qui unit les différents musiciens réunis autour de ce projet

La composition « Ballade » a ensuite marqué l’entrée de Dali Chebil, qui a progressivement pris les commandes de cette seconde partie à travers plusieurs titres, notamment « Tmanit », « Jahfa » et « Wine Nbatou ». Sa présence scénique et son interprétation ont donné une nouvelle couleur au concert, avant qu’un moment particulièrement attendu ne vienne enrichir cette traversée musicale : l’apparition surprise de Mounir Troudi lors de Holm

 Sa rencontre avec Chebil a offert l’un des instants les plus intenses de la soirée, prolongeant jusqu’à son terme cette aventure musicale inspirée des paysages et des imaginaires de l’Atlas

Malgré la présence de ces trois grandes voix de la scène tunisienne, « Sada Atlas » demeure avant tout une œuvre instrumentale. Le violon de Maaoui y occupe une place centrale, dialoguant avec un ensemble de musiciens dont chacun contribue à la richesse de cette architecture sonore. Les silences, les respirations, les improvisations et les échanges entre les instruments composent un véritable langage musical où les mots deviennent parfois superflus

À l’issue du concert, lors de la conférence de presse, Maaoui est revenu sur la philosophie qui guide cette création. Il a expliqué que « Sada Atlas » est un projet pensé pour dépasser les frontières géographiques et voyager vers d’autres scènes internationales. Selon lui, cette musique cherche à évoquer les paysages de l’Atlas, la nature, les éléments et les émotions qu’ils suscitent, tout en restant profondément enracinée dans la mémoire musicale tunisienne. Il a également qualifié cette création de projet « riche » et « contemporain », capable de toucher un public bien au-delà des frontières nationales

Les artistes invités ont eux aussi partagé leur enthousiasme. Abdallah a évoqué une expérience « particulière », saluant la qualité d’écoute du public du FIH et cette relation privilégiée qui se crée, dans un tel cadre, entre les artistes et les spectateurs. Chebil a rappelé que sa collaboration avec Maaoui s’inscrit dans une histoire artistique commune, nourrie par plusieurs albums et créations précédentes. Lajmi, pour sa part, a souligné le caractère naturel de leur complicité musicale, fruit d’années de travail partagé et d’une même vision de la création

L’engouement suscité par cette première représentation confirme l’intérêt grandissant du public pour des propositions musicales qui conjuguent exigence artistique et valorisation du patrimoine. Dans un paysage souvent dominé par les formats populaires, « Sada Atlas » démontre que la création instrumentale peut encore fédérer un large public lorsqu’elle s’appuie sur une démarche sincère et profondément ancrée dans son identité culturelle

Le projet poursuit aujourd’hui son développement. L’enregistrement de l’album est toujours en cours et devrait s’enrichir de nouvelles compositions ainsi que de collaborations avec d’autres artistes porteurs de sensibilités musicales diverses. Cette évolution confirme que « Sada Atlas » n’est pas une œuvre figée, mais un laboratoire de création appelé à se transformer au gré des rencontres et des échanges

En présentant cette création en avant-première à Hammamet, Outail Maaoui rappelle que le patrimoine n’est pas une matière immobile destinée à être conservée telle quelle. Il constitue une mémoire vivante, capable de se réinventer sans renoncer à ses racines. Avec « Sada Atlas », le musicien signe une œuvre où la tradition devient un espace d’invention, où l’écho du passé nourrit les sonorités du présent et ouvre de nouvelles perspectives pour la musique tunisienne contemporaine

Malek Chouchi

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