ثقافة

FIH 2026: Bebe, une ode à la musique et à la liberté

Dans la douceur d’une nuit d’été, malgré une chaleur étouffante, la scène du Festival international de Hammamet (FIH) s’est transformée, le 15 Juillet, en un espace de liberté, de poésie et d’émotions. Pour sa toute première rencontre avec le public tunisien, la chanteuse espagnole Bebe a offert bien plus qu’un concert : une immersion dans un univers où la musique devient un langage universel, capable de porter les combats, les fragilités et les espérances

Forte de plus de vingt ans de carrière, l’artiste, devenue l’une des figures majeures de la chanson espagnole contemporaine, a choisi de revisiter les chansons qui ont jalonné son parcours. Ce premier rendez-vous avec la Tunisie a ainsi pris les allures d’un voyage musical à travers une œuvre profondément humaine, où l’intime dialogue sans cesse avec les grandes causes de société

Scène dépouillée, une émotion à l’état pur

Pendant une heure et demie, Bebe a livré un spectacle d’une remarquable sobriété. Vêtue simplement et entourée de musiciens d’une grande virtuosité, elle a privilégié l’essentiel : la voix, les textes et l’émotion. Avec sa voix rauque, devenue sa signature artistique, et une présence scénique à la fois simple et spontanée, elle a construit un concert où la puissance de l’interprétation l’emportait largement sur les effets visuels

Au fil de la soirée, une véritable complicité s’est installée avec le public. D’abord attentifs, les spectateurs se sont progressivement laissés emporter, accompagnant l’artiste par leurs applaudissements, leurs chants et leurs danses, jusqu’à transformer l’amphithéâtre en un vaste espace de communion

Entre deux morceaux, Bebe s’est adressée au public avec un français sincère, multipliant les mots de gratitude. Lisant quelques lignes sur son téléphone pour ne rien trahir de leur authenticité, elle a lancé

 Merci pour votre présence, votre amour… C’est ma première fois en Tunisie et je suis heureuse de vous rencontrer

Une déclaration simple qui a renforcé la proximité avec les spectateurs

Retour d’un album devenu culte

En résonance avec le thème de cette 60e édition, « Endless Memories », Bebe a choisi de célébrer Pafuera Telarañas (« Hors de la toile d’araignée »), l’album qui l’a révélée au grand public et qui fête cette année ses vingt-deux ans

Paru en 2004 et produit par Carlos Jean, ce premier opus marque un tournant décisif dans sa carrière. Son succès international lui ouvre les portes des plus grandes scènes et lui vaut, dès 2005, une récompense de révélation artistique. Plus de deux décennies après sa sortie, cet album conserve toute sa force et son actualité

Le concert s’est ouvert avec « El Golpe », avant d’entraîner les spectateurs dans un voyage à travers les grandes étapes de son parcours. Les incontournables « Malo », « Ella », « Siempre Me Quedará », « Respirar », « Mi Guapo » et d’autres titres emblématiques se sont succédé sous les applaudissements d’un public composé en grande partie d’Espagnols, de ressortissants hispanophones et de nombreux mélomanes tunisiens

La soirée s’est déroulée en présence de Son Excellence l’ambassadeur d’Espagne en Tunisie, Isidro Antonio González Afonso, accompagné de représentants de l’ambassade, de l’Institut Cervantes et de l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID), témoignant de la dimension culturelle de cet événement

Voix libre au service des causes humaines

Depuis ses débuts, Bebe refuse les frontières musicales. Son univers mêle avec naturel flamenco, pop, rock et rythmes latins, donnant naissance à une identité artistique singulière. Mais au-delà des influences, ce sont surtout ses textes qui ont façonné sa réputation

La liberté, la dignité, la justice sociale et la lutte contre les violences faites aux femmes traversent l’ensemble de son œuvre. Son titre « Malo », devenu un véritable hymne contre les violences conjugales dans le monde hispanophone, demeure l’une des chansons les plus marquantes de la musique espagnole contemporaine

À Hammamet, l’interprétation de « 7 Horas » a constitué l’un des sommets émotionnels de la soirée. Portée par une intensité saisissante, la chanson est venue prolonger ce plaidoyer en faveur du respect de la dignité humaine, rappelant combien l’engagement de Bebe demeure au cœur de sa démarche artistique

Première tunisienne gravée dans les mémoires

À mesure que le concert approchait de son terme, l’émotion laissait progressivement place à une énergie communicative. Bebe a choisi de conclure cette première rencontre avec le public tunisien par « A Quien Le Importa », une chanson devenue un véritable manifeste en faveur de la liberté d’être soi-même et de l’acceptation de la différence

Longuement applaudie, l’artiste a quitté la scène sous une ovation, laissant derrière elle bien davantage qu’un souvenir de concert. Elle a offert un moment de partage où la musique a fait tomber les barrières de la langue pour laisser parler les émotions

À Hammamet, Bebe n’a pas cherché à impressionner. Elle est venue raconter des histoires, partager des convictions et rappeler que la musique demeure un langage universel capable de rapprocher les peuples. Dans une époque où le spectaculaire tend parfois à supplanter l’essentiel, son passage au FIH cette année, aura démontré qu’une voix authentique, des musiciens d’exception et des chansons profondément humaines suffisent encore à créer une émotion durable

Une première tunisienne qui s’inscrit pleinement dans l’esprit de cette 60e édition : celui de faire naître des souvenirs appelés à traverser le temps

Malek Chouchi

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