À Dar Sebastian, la sculpture s’apprête à entrer dans l’ère du vivant numérique

Entre les jardins méditerranéens, les terrasses blanches et la mémoire silencieuse du lieu, une expérience artistique inédite s’annonce du 27 Avril au 18 Mai 2026. À travers le projet « Art et Patrimoine : Mémoire du Futur | Sculpture », le Centre Culturel International de Hammamet entend transformer le patrimoine en territoire d’expérimentation sensible, où la sculpture contemporaine rencontrera les technologies immersives et la réalité augmentée
Loin d’une simple exposition de sculptures, cette nouvelle édition ambitionne de faire de Dar Sebastian un espace vivant de circulation du sens, un lieu où l’œuvre, le paysage, le visiteur et le numérique dialogueront dans une même scénographie
Le point culminant de cette initiative aura lieu le lundi 18 Mai 2026 avec un colloque scientifique et artistique intitulé : Dar Sebastian : parcours culturel et scénographie esthétique entre sculpture, mémoire et extension numérique
Repenser le patrimoine comme une matière vivante
Le projet repose sur une interrogation profonde : comment transformer un espace patrimonial en une expérience artistique évolutive, ouverte à la participation et à la réinterprétation
À travers cette démarche, Dar Sebastian ne sera plus seulement présenté comme un monument culturel chargé d’histoire. Le lieu deviendra un laboratoire esthétique où mémoire architecturale, création contemporaine et technologies numériques chercheront à coexister
Les organisateurs souhaitent dépasser la vision classique du patrimoine comme espace figé. Le patrimoine est envisagé comme une matière dynamique, capable de produire de nouveaux récits à travers les œuvres et les interactions du public
Cette réflexion sera notamment portée par Emna Charfi et Jilani Chatti, représentants de Association d’Éducation Environnementale de Hammamet, lors de la première intervention du colloque consacrée à l’évolution de Dar Sebastian comme espace culturel vivant
La sculpture face au défi du numérique
L’un des axes majeurs de cette édition sera l’intégration de la réalité augmentée dans le parcours artistique
Lors de son intervention, Leila Karoui développera une réflexion sur « le numérique comme extension esthétique de la sculpture ». Une approche qui entend dépasser l’usage purement technologique du numérique pour en faire un véritable outil de médiation sensible
La réalité augmentée devrait ainsi permettre au visiteur d’accéder à des couches narratives invisibles : contenus interactifs, prolongements visuels, expériences immersives ou encore reconstitutions symboliques entre réel et virtuel
Dans cette logique, le spectateur ne sera plus seulement observateur. Il deviendra acteur de l’expérience artistique
Le projet cherche précisément à explorer cette mutation contemporaine du regard : comment l’œuvre peut-elle continuer à exister dans un monde dominé par les écrans, sans perdre sa présence matérielle et sa puissance sensible
Des sculptures pensées comme un parcours
Les artistes invités à participer à cette résidence de sculpture contemporaine, auront pour mission de concevoir leurs œuvres non comme des pièces isolées, mais comme des « stations » intégrées à un parcours global
Parmi les participants figurent Abdelaziz Kreid, Hamda Ben Salem, Alaeddine Zebda, Beyrem Aouni, Walid Gallaoui, Mohamed Sahnoun, Rim Ayari, Mohamed Bouaziz, Rim Maalla, Seifeddine Ben Hmida et Houssem Gharbi
Le parcours lui-même deviendra une forme de composition artistique. Les relations entre les œuvres, les perspectives visuelles, les déplacements du public et l’environnement naturel participeront à la construction du sens
L’expérience annoncée s’inscrit ainsi dans une tendance internationale où la sculpture cesse progressivement d’être un objet autonome pour devenir une expérience spatiale, sensorielle et narrative
Entre marbre, métal et paysages méditerranéens
Le colloque abordera également la question de la matérialité dans la sculpture contemporaine. Marbre, bois, métal et médias hybrides seront interrogés non seulement comme matériaux, mais comme porteurs de mémoire et de symboles
À Dar Sebastian, le paysage méditerranéen devrait jouer un rôle essentiel dans cette expérience. La lumière, l’humidité, le vent marin et le passage du temps interagiront avec les œuvres exposées
L’environnement naturel ne sera donc plus considéré comme un simple décor, mais comme un élément actif de la création
Cette approche cherche à réconcilier deux dimensions souvent opposées : la permanence physique de la sculpture et la fluidité des technologies numériques
Le ” parcours invisible ” de la réalité augmentée
La participation de Fondation Tuni’AR donnera une dimension particulièrement immersive à l’événement
À travers l’intervention de Ahmed Ahmed et Abdelhamid Boukhari, le projet présentera l’idée d’un « parcours invisible » parallèle au parcours physique
Grâce à une application mobile et à des points d’activation répartis dans le circuit artistique, les visiteurs pourront découvrir des contenus numériques superposés aux sculptures et aux espaces patrimoniaux
Le téléphone portable deviendra alors un outil d’exploration esthétique, transformant le visiteur en véritable explorateur d’univers hybrides
Une visite augmentée sera organisée à 17h00 afin de permettre au public de vivre cette expérience immersive directement dans les jardins et les espaces de Dar Sebastian
Les organisateurs recommandent d’ailleurs aux participants de venir avec un smartphone chargé et une connexion 4G afin de profiter pleinement du dispositif
Quand la sculpture devient image en mouvement
La journée du 18 Mai se clôturera par une performance de projection mapping live réalisée par Walid Assaidi
Une sculpture sera transformée en surface narrative mouvante grâce à des projections visuelles en direct L’œuvre physique deviendra alors écran, matière lumineuse et support de narration visuelle
Cette performance résume sans doute l’esprit du projet : faire dialoguer mémoire, matière, lumière et technologies pour inventer de nouvelles formes de relation entre l’art et le public
À travers cette initiative, Maison de la Méditerranée pour la Culture et les Arts semble vouloir affirmer une conviction forte : l’avenir du patrimoine ne réside pas uniquement dans sa conservation, mais dans sa capacité à accueillir de nouvelles expériences sensibles
Dans les jardins de Dar Sebastian, la mémoire ne sera plus seulement regardée. Elle s’apprêtera à être vécue
Malek Chouchi





