Destination Canada Forum Mobilité 2026 à Tunis : quand l’immigration francophone devient un projet de société

Destination Canada Forum Mobilité (DCFM), un événement inédit à la fois vitrine, laboratoire et révélateur d’un mouvement migratoire structurant pour le Canada et porteur d’espoir pour des milliers de candidats francophones, s’est tenu hier, le 9 Février 2026, pour la première fois en Tunisie, enregistrant une forte participation et une présence très remarquée de candidats tunisiens, d’employeurs et d’institutions canadiennes, de nombreux autres organismes et bien d’autres invités de différents secteurs
Pendant deux autres jours, jusqu’au 11 Février 2026, Tunis deviendra un carrefour stratégique reliant les deux rives de la francophonie mondiale
Plus qu’un simple salon de l’emploi ou de l’immigration, DCFM 2026 s’impose comme un véritable espace de projection : projection vers une nouvelle vie, vers des territoires parfois méconnus, mais surtout vers une francophonie plurielle, active et solidement enracinée bien au-delà du Québec
Canada francophone hors Québec, visible et assumé
Pensé spécifiquement pour les personnes candidates francophones et bilingues souhaitant s’établir hors Québec, le forum met en lumière une réalité encore trop peu connue : on vit, on travaille et on s’épanouit en français partout au Canada
Des Prairies aux provinces atlantiques, de l’Ontario à la Colombie-Britannique, des communautés francophones dynamiques participent à la vitalité économique et culturelle du pays
À travers plus de 50 kiosques, les participants pourront dialoguer directement avec des représentants de provinces et territoires, d’organismes de développement économique, de communautés francophones, de villes et régions, mais aussi avec environ 13 employeurs canadiens qui sont venus recruter sur place dans des secteurs clés : hôtellerie-restauration, santé, petite enfance, transport routier… Une rencontre sans intermédiaires, où le projet migratoire prend un visage humain
Tunisie, nouvelle escale stratégique du forum
La tenue du forum à Tunis marque un tournant. Elle témoigne de la place centrale de la Tunisie dans l’espace francophone et de la reconnaissance de son capital humain. Les services publics tunisiens de l’emploi, l’ANETI et l’ATCT, étaient présents, aux côtés de partenaires internationaux comme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM Tunisie), renforçant une approche concertée, éthique et sécurisée de la mobilité internationale


Cette première édition tunisienne a été officiellement lancée par Son Excellence Alexandre Bilodeau, Ambassadeur du Canada à Tunis, et Davinder Manhas, Directrice de zone d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) pour l’Europe, le Maghreb et les missions multilatérales. Un signal fort réside dans le fait que la mobilité n’est pas une improvisation, mais une politique publique assumée

Informer, protéger, préparer
Au cœur du forum se trouve l’information. Les équipes d’IRCC sont disponibles pour échanger avec les participants sur leurs projets, tandis que les services publics de l’emploi présentent les ressources indispensables pour une préparation rigoureuse avant le départ
Des conférences thématiques, organisées tout au long de la journée d’hier, ont répondu aux interrogations concrètes des candidats :
Quels programmes pour travailler et s’établir au Canada
Comment traduire son métier dans le contexte canadien
Comment aborder efficacement le marché du travail
Comment éviter les fraudes en immigration
Autant de questions essentielles, souvent sources d’angoisse, auxquelles ce forum apporte des réponses claires, institutionnelles et responsables
Provinces à visage humain
Moment fort du programme : la table ronde des provinces et territoires. Les représentants de la Colombie-Britannique, du Manitoba, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l’Ontario ont présenté leurs réalités économiques, leur géographie, leur climat, mais aussi et surtout leur capacité d’accueil. Derrière les chiffres et les programmes, ce sont des territoires qui ont raconté leur besoin de talents, leur volonté d’inclusion et leur attachement à la francophonie
Pour la Colombie-Britannique, Mylène Letellier, Directrice générale de la Société de développement économique de la Colombie-Britannique (SDÉCB), a rappelé que l’approche provinciale repose sur une stratégie structurée et assumée. Organisme à mandat provincial, la SDÉCB intervient sur trois axes complémentaires : l’employabilité, l’entrepreneuriat et le développement économique des communautés francophones
En matière d’employabilité, le travail se fait en lien étroit avec les employeurs et le gouvernement provincial afin de répondre aux pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs en tension. L’entrepreneuriat constitue un autre pilier fort, avec un accompagnement des porteurs de projets à toutes les étapes : création, croissance et même transmission d’entreprise. Enfin, le développement économique vise à soutenir l’épanouissement durable de la communauté francophone, à travers des initiatives variées, allant du tourisme aux projets d’économie sociale et solidaire
Si l’on peut vivre et travailler en français en Colombie-Britannique, la réalité du marché du travail impose néanmoins une compétence fonctionnelle en anglais, a-t-elle souligné, la majorité des employeurs évoluant dans un environnement anglophone. Une réalité assumée, qui s’inscrit dans une logique de bilinguisme pragmatique et inclusif
Présente à Destination Canada avec des offres d’emploi concrètes, la province est venue recruter dans une diversité de secteurs : tourisme, petite enfance, restauration, métiers spécialisés, construction, mais aussi technologies, cybersécurité et aéronautique. Des secteurs prioritaires qui traduisent à la fois les besoins économiques locaux et la volonté de renforcer les communautés francophones hors Québec. L’objectif reste clair : attirer des talents francophones et bilingues, capables de s’intégrer, de s’épanouir et de contribuer à la vitalité des territoires, quel que soit leur âge
Engouement mondial sans précédent
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La 21ème édition du forum a battu un record avec plus de 230 000 demandes de participation
L’événement en ligne, tenu du 2 au 4 Février 2026, a généré à lui seul 216 000 demandes, près de 9 000 candidats invités et 1 500 connexions quotidiennes
À Tunis, 10 400 demandes ont été enregistrées pour près de 4 000 invitations, avec un objectif de 800 participants par jour
À Paris, le 14 Février, une seule journée concentrera 3 800 demandes et 1 800 invitations. Ces chiffres traduisent une réalité profonde : la mobilité francophone n’est plus marginale, elle est structurante
Comprendre le marché du travail canadien
Au-delà des opportunités, le forum a aussi joué un rôle pédagogique essentiel. Chantal Bilodeau, conseillère en employabilité et en développement économique au Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE Canada), a insisté sur une réalité souvent méconnue des candidats internationaux : au Canada, les employeurs accordent davantage d’importance aux compétences qu’aux diplômes
Si les études constituent un atout, elles ne suffisent pas. Les recruteurs attendent avant tout que les candidats sachent démontrer ce qu’ils sont capables de faire concrètement, à travers leur expérience, leur expertise et leur capacité à répondre aux besoins du poste. D’où l’importance de valoriser ses compétences, y compris lorsqu’elles sont transférables d’un secteur à un autre
Adapter son CV à chaque offre devient alors une étape incontournable. Un recruteur consacre en moyenne quelques secondes à une première lecture ; tout se joue dès le début du document. Mettre en avant ses compétences clés, son expérience pertinente et sa valeur ajoutée est déterminant pour capter l’attention et susciter l’envie d’aller plus loin
Au Canada, « savoir se vendre » n’est pas perçu négativement, mais comme une compétence en soi. Et cette valorisation ne se limite pas au savoir et au savoir-faire. Le savoir-être, les qualités humaines et les soft skills occupent une place centrale dans les décisions d’embauche. Esprit d’équipe, ouverture d’esprit, empathie, sens du service à la clientèle : autant d’éléments qui peuvent faire la différence, voire conditionner la durabilité d’un emploi
Comme l’a rappelé la conseillère du RDÉE Canada, un recrutement repose souvent sur un équilibre : les compétences techniques permettent d’obtenir un poste, mais ce sont les qualités humaines qui permettent de s’y maintenir et d’y évoluer

Au-delà de l’événement, une trajectoire de vie
Destination Canada Forum Mobilité 2026 n’est pas une promesse facile. Il ne vend ni rêve ni mirage. Il propose un cadre, des outils, des rencontres et, surtout, une vision : celle d’une immigration réfléchie, encadrée et mutuellement bénéfique, tant pour le Canada, qui consolide son développement économique et démographique, que pour les candidats, qui transforment une aspiration en projet concret
À Tunis, en Février 2026, des milliers de parcours de vie commenceront à se dessiner. Et dans le bruissement des conversations, l’échange des cartes de visite et l’esquisse des projets, c’est une francophonie en mouvement qui s’écrit
Malek Chouchi




